Nathalie Kerhoas (Bleu-Blanc-Cœur) : « La santé commence dans les sols »**

Profession-Sage-Femme a rencontré Nathalie Kerhoas, présidente de Bleu-Blanc-Cœur, qui milite pour une alimentation plus durable, en lien direct avec la santé humaine, animale et environnementale.

Nathalie KERHOAS - Présidente de Bleu-Blanc-Coeur Nathalie Kerhoas - © BBC

Quand et où a été créé Bleu-Blanc-Cœur ?  

La démarche Bleu-Blanc-Cœur est née en 2000 après une première étude clinique qui concluait que la façon de nourrir les animaux avait une répercussion sur le bilan nutritionnel et sur un certain nombre de marqueurs de santé chez l’homme – notamment les marqueurs lipidiques que sont l’équilibre oméga-6 / oméga-3. L’étude démontrait qu’en réintégrant des sources végétales comme l’herbe, le lin, la luzerme dans l’alimentation des animaux, on améliorait la qualité nutritionnelle des denrées dans notre assiette en bout de chaine. On pouvait mesurer le résultat dans le sérum et les hématies des volontaires. Les trois cofondateurs sont un médecin nutritionniste, un ingénieur agronome et un éleveur. Il s’agit de Bernard Schmitt, Pierre Weill et Jean-Pierre Pasquet. Pour ma part, je suis arrivée juste après, début 2001, pour être la première cheville ouvrière du projet. La démarche Bleu-Blanc-Cœur est une initiative 100 % française, même 100 % brétilienne (originaire d’Ille-et-Vilaine).

Que signifie le concept de « santé globale » pour Bleu-Blanc-Cœur ?

Nous défendons l’idée que la santé humaine est indissociable de celle des animaux et des sols. En améliorant la qualité des sols, on améliore la densité nutritionnelle des végétaux, donc l’alimentation des animaux… et la nôtre. C’est une chaîne vertueuse du sol à l’assiette.

D’où vient le nom Bleu-Blanc-Cœur ?

Le « bleu », c’est celui du lin, qui symbolise nos cultures renouvelables. Le « blanc » représente la transparence et les filières courtes. Et le « cœur », c’est l’engagement pour la santé dans sa globalité. Nous sommes au croisement de l’agriculture, de l’environnement et de la nutrition.

La graine de lin est-elle la panacée en matière de nutrition ? 

C’est effectivement la plante symbole de Bleu-Blanc-Cœur. Mais, il faut savoir que nous encourageons toutes les cultures d’intérêt environnemental et nutritionnel au premier rang desquelles les cultures d’herbe et de luzerne. La graine de lin est très riche en Oméga 3, mais son enveloppe est coriace. Si on la consomme crue, on profite des fibres mais pas des -oméga-3 qui restent enfermés sous la coque. Pour les rendre biodisponibles, il faut cuire la graine ou l’extruder. C’est ce que faisaient déjà les éleveurs avec la « gâchée », une bouillie de lin chaude. Aujourd’hui, on retrouve ce principe avec des produits comme la linette, une farine de lin cuite.

Thierry Marx est l’un de vos soutiens. Quel rôle joue-t-il au sein de Bleu-Blanc-Cœur ?

Un rôle entièrement bénévole, motivé par conviction à soutenir les agriculteurs et éleveurs qui s’engagent à mieux produire pour mieux nous nourrir. Il est très investi, notamment dans des actions de réinsertion. Son crédo chez Bleu-Blanc-Cœur : pas d’alimentation à deux vitesses parce que nous participons à améliorer l’impact social, environnemental et nutritionnel de notre alimentation. C’est une personnalité qui agit concrètement, loin des effets d’annonce.

Avez-vous des relais politiques ?

Nous avons un fort soutien d’estime, mais peu de véritables appuis. Et c’est dommage. Pourtant, nous avons aujourd’hui des preuves scientifiques solides, notamment via des études cliniques. 

Justement, vous avez récemment mené une étude sur le lait maternel. Quels enseignements en tirez-vous ?

Cette étude est précieuse, car elle montre clairement que la qualité du lait maternel reflète directement l’alimentation de la mère. Le lait maternel est le meilleur aliment pour le bébé. Avec cette étude, nous démontrons que sa qualité nutritionnelle peut encore s’améliorer ; et ce grâce à l’engagement des agriculteurs Bleu-Blanc-Cœur qui deviennent ainsi des partenaires de notre santé. Cette étude est un bon indicateur des bénéfices concrets d’une alimentation enrichie en oméga-3 ; pour la femme enceinte et donc à tous les stades de la vie. 

Comment les citoyens peuvent-ils rejoindre ou soutenir votre mouvement ?

Nous avons créé une communauté autour du « bien produire » et du « bien manger » qui compte aujourd’hui plus de 35 000 membres : des consommateurs, des professionnels de santé, des chefs… Chacun peut participer à son niveau : suivre nos webinaires, visiter des fermes, s’informer. C’est une démarche libre et accessible à tous, via notre site web.

Un dernier mot ?

Nous sommes à un tournant. La société est prête, les preuves sont là. Il ne manque plus qu’un coup de pouce pour que cette démarche devienne la norme. Et si en plus on y gagne en beauté des paysages avec du lin en fleur partout… pourquoi s’en priver ? 

 Propos recueillis par Stéphane Cadé