Depuis 2016, à l’initiative de la Dre Pauline Penot (cheffe de service au CeGIDD de l’hôpital André Grégoire), plusieurs projets successifs se sont attachés à construire une consultation de prévention dédiée à tous les (futurs) pères, suite à la découverte de séroconversions au VIH chez des femmes enceintes multipares à la maternité de Montreuil. Cette maternité est de niveau 3 et réalise plus de 3 500 accouchements par an.
Dans sa première phase pilote en 2018-2019, le projet visait à proposer dans un premier temps un dépistage du VIH aux futurs pères dans les salles d’attente de la maternité. Des besoins élargis en prévention primaire et secondaire des maladies infectieuses ont émergé du pilote : insuffisance de couverture vaccinale, absence de contact avec un professionnel de santé depuis l’arrivée en France pour de nombreux migrants, besoins de rencontre avec un psychologue ou un assistant social. Ces constats ont conduit à élaborer une offre systématique de consultation de prévention dédiée aux pères à la maternité : l’étude Partage.
Partage 1 : faisabilité et acceptabilité d’une consultation prénatale masculine à la maternité André Grégoire de Montreuil
L’objectif était d’évaluer l’acceptabilité et les conditions de transfert en pratique clinique courante d’une consultation prénatale de prévention à destination des futurs pères. Lors de cette consultation, un bilan biologique adapté à l’interrogatoire incluant une sérologie VIH était proposé au conjoint. À cela s’ajoutaient si besoin une mise à jour du calendrier vaccinal, une ouverture des droits sociaux, le référencement à un autre professionnel selon les besoins et un adressage actif vers un médecin traitant si nécessaire. En adoptant une démarche très proactive de recueil des coordonnées des pères et d’appel systématique de ces derniers, 1 347 pères ont eu accès à la consultation entre le 25 janvier 2021 et le 28 avril 2022 (taux d’acceptation de 45 %). Cette recherche a démontré la faisabilité et l’utilité de cette consultation prénatale masculine de prévention : plus de 43 % des pères ont bénéficié d’un rattrapage vaccinal, près de 38 % des pères n’avaient jamais effectué de sérologie VIH auparavant et près de la moitié étaient éloignés du soin. On peut rappeler que, si la maman enceinte est bien prise en charge, elle ne sera plus contagieuse au bout de six mois et le bébé qui viendra ne sera pas contaminé. Le jeu en vaut donc vraiment la chandelle.
De nombreuses pathologies ont été découvertes : VHB, VHC, chlamydia, syphilis. S’ajoutent aussi les diagnostics de bilharzioses, diabètes, hypertension artérielle, dermatoses diverses, mais aussi des pathologies nécessitant une intervention chirurgicale, un diagnostic anténatal ou encore une prise en charge psychologique.
Cette étude a montré qu’une consultation prénatale de prévention dédiée aux futurs pères pouvait être un levier pour le recours aux soins, quand elle est, pour la première fois, structurée et effectivement proposée. Son succès est fondé sur une approche proactive qui tient compte des contraintes exercées sur les hommes. Les plus vulnérables sur les plans administratifs et sociaux s’en s’ont largement saisis et elle a constitué une opportunité de recours aux soins sans stigmatisation, lors d’un moment positif de la vie, de rencontrer un médecin.
Article élaboré avec le concours des responsables du projet :
Julie Chateauneuf, Swati Kakkar-Perrot et Roxane Tahtah.
