Clothilde Jamet, accompagnante en périnatalité à Graines de douceur

Lisa S. entre les mains de Clothilde Jamet

Clothilde Jamet nous reçoit loin du tumulte, dans un havre de paix qu’elle a imaginé pour accueillir les familles. Couleurs claires, matériaux naturels, luminosité, tout est pensé pour que, dès la porte franchie, on se retrouve dans un véritable cocon de douceur. Situé dans un minuscule hameau au milieu des champs, entre Rambouillet et Chartres, son cabinet offre un cadre propice à l’apaisement. « Certains parents ont du mal à sortir avec un nourrisson, surtout après un accouchement difficile. Mais quand ils viennent ici, ils se sentent bien. C’est un moment hors du temps, une parenthèse. »

Clothilde Jamet dans son cabinet Graines de Douceur © D.R.

De l’oncologie pédiatrique à Graines de douceur

Infirmière depuis 2008, Clothilde Jamet a commencé sa carrière en oncologie à l’institut Gustave Roussy avant de se spécialiser en oncologie pédiatrique pendant sept ans. Son parcours l’a ensuite menée à Bullion, un hôpital pédiatrique prenant en charge diverses pathologies graves, cancers, diabètes, les grands brûlés aussi. « Travailler avec des enfants malades a été une expérience marquante, mais avec l’arrivée de ma première fille, c’est devenu trop difficile », confie-t-elle. « J’avais besoin de distance, de voir des enfants en bonne santé. » Elle se tourne alors vers la néonatalogie et trouve un poste d’infirmière à Quincy-sous-Sénart, où elle s’occupe de prématurés, avant d’effectuer des vacations dans plusieurs maternités.Lorsqu’elle devient directrice de crèche, elle approfondit encore ses connaissances en périnatalité et puériculture, mais ressent un besoin croissant d’apporter une aide plus directe aux familles.

Tout est pensé pour que, dès la porte franchie, on se retrouve dans un véritable cocon de douceur. © D.R.

C’est en pleine période du covid, lors de la naissance de son troisième enfant, que le déclic se produit : « Au sortir de la maternité, il n’y avait plus personne pour nous accompagner. Les sages-femmes ne sont pas assez nombreuses, en tout cas par chez nous. Quand j’étais infirmière en maternité et en néonatalogie, j’avais ce même sentiment de n’avoir le temps de rien. J’avais des êtres humains en face de moi, j’aurais aimé pouvoir répondre à toutes leurs questions, mais c’était impossible. Je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose pour accompagner et soutenir les parents dans leur parentalité. » En 2022, elle décide alors de se lancer dans une nouvelle activité centrée sur l’accompagnement périnatal et le bien-être du nourrisson, sous le nom de Graines de douceur.

Lisa S. entre les mains de Clothilde Jamet ©

Concurrente des sages-femmes ? 

L’accueil réservé aux praticiennes comme Clothilde est parfois contrasté. Si de plus en plus de parents recherchent un accompagnement bienveillant et complémentaire au suivi médical, certaines sages-femmes perçoivent son activité comme une concurrence. « J’ai déjà eu des sages-femmes qui m’ont dit : « Vous me volez mon travail. » Mais pas du tout. Je ne fais aucun suivi gynécologique ou post-partum, ce n’est pas mon rôle. Moi, je suis sur le bien-être des parents et du bébé, et si une maman me demande quelque chose qui ne relève pas de mes compétences, je l’oriente toujours vers une sage-femme ou un professionnel de santé. » Clothilde travaille à tisser des liens avec les sages-femmes, arguant de la complémentarité de leur activité.

Forte de son expérience d’infirmière, elle conserve un œil paramédical attentif. Avant un massage, elle vérifie toujours l’état de santé de la maman. « Il m’est arrivé de refuser un massage en voyant des jambes dures et inflammées. J’ai préféré envoyer la patiente chez son médecin, de peur qu’elle ne fasse une phlébite. » De même, lorsqu’elle détecte un signe inhabituel chez un nouveau-né, elle conseille aux parents de consulter un professionnel de santé. Si son approche est rigoureuse et bienveillante, elle constate une explosion du nombre d’accompagnantes périnatales parfois sans formation médicale. « Je reçois des messages de personnes qui veulent faire comme moi parce qu’elles trouvent ça « mignon », mais ce n’est pas juste s’occuper de bébés adorables. C’est une vraie responsabilité. » 

Le bain thérapeutique 

Parmi les soins qu’elle propose, le bain thérapeutique est sans doute l’un des plus marquants. Inspiré du Thalasso Bain Bébé (TBB)* de Sonia Krief, ce moment suspendu permet au nourrisson de moins d’un mois de revivre les sensations du ventre maternel, dans une eau à température idéale, accompagné par des gestes doux et enveloppants. Le nourrisson se relaxe car il se retrouve dans un cocon protecteur semblable au ventre de sa mère. « Ce relâchement déclenche une libération d’ocytocine, l’hormone du bien-être », explique Clothilde. Certains bébés adoptent même spontanément la position qu’ils avaient in utero. Par exemple, un bébé que les parents ont toujours vu le pouce dans la bouche lors des échographies, mais pas depuis sa naissance, va certainement reproduire ce geste durant le bain. « Ce bain ne se résume pas à un simple moment de détente », insiste Clothilde. « C’est une expérience forte qui aide le bébé à intégrer sa naissance, surtout si elle a été difficile : accouchement déclenché, césarienne d’urgence, séparation précoce… Ces événements ont laissé une empreinte émotionnelle sur l’enfant,  la maman, le parent. » Le TBB se veut un accompagnement global etne s’improvise pas. « Un nourrisson n’est ni un objet décoratif ni un faire-valoir sur Instagram. Chaque geste doit être fait dans le respect de son rythme, de son histoire, de ses besoins. Il y a énormément de dérives aujourd’hui, avec des bains décoratifs où l’on ajoute des fleurs et des pétales pour l’esthétique, sans penser au bien-être du bébé », déplore-t-elle. « Cette activité n’est pas encadrée par la loi, si bien que malheureusement, n’importe qui peut se lancer. J’ai même écrit un courrier à Aurore Berger pour lui expliquer les dérives que j’observais ici et là. Avant chaque séance, j’échange longuement avec les parents pour comprendre le contexte de la grossesse et de l’accouchement. Un bain ne se décide pas au petit bonheur : il faut que le bébé soit en état de le recevoir. »

Une approche globale du bien-être parental

Le bain thérapeutique n’est qu’un élément parmi d’autres dans son accompagnement périnatal. Clothilde propose également des séances de massage bébé et maman, de massage facial japonais Kobido (pour les futures ou les jeunes mamans) de portage physiologique, de rituel Rebozo, de réflexologie émotionnelle et d’accompagnement au sommeil. Par ailleurs, elle est en formation pour être praticienne en Haptonomie.

« Beaucoup de parents sont perdus face aux besoins de leur nourrisson et face aux injonctions contradictoires qu’ils reçoivent. Chaque enfant est unique, il faut adapter les conseils en fonction de son tempérament et de l’histoire familiale. »

Propos recueillis par Stéphane Cadé

* Le Thérapeutique bain bébé et Thalasso bain bébé sont le même soin, qui a été créé et dont le brevet a été déposé par Sonia Krief. Il est aussi connu sous le nom Le bain de Sonia et fait l’objet de recherches cliniques, qui visent à en déterminer précisément les effets.