Des applications centrées sur la santé des enfants et des parents
10 à 20 % des jeunes mères souffrent de dépression postnatale. Et jusqu’à un an après l’accouchement, le suicide est la première cause de mortalité des mères. La dépression du post-partum est un fléau, qui peut être bien pris en charge s’il est détecté à temps. Selon l’Inserm et Santé publique France, « 60 % des décès maternels sont probablement ou possiblement évitables ».
Plusieurs applications ont mis en place des outils pour prévenir ou détecter la dépression du post-partum. C’est par exemple le cas de Malo, May, ou BeParentalis, ou de l’application des 1 000 premiers jours lancée par Santé publique France.
Le but principal de ces différentes applications n’est pas le même pour toutes. Malo accompagne les parents dès la grossesse, dans un suivi de santé personnalisé de leur famille. May met en relation les parents avec une équipe de professionnels de santé. BeParentalis est un assistant médical pour les parents, associé à un hôpital pédiatrique de la Côte d’Azur. Et l’application des 1 000 premiers jours accompagne les parents de la grossesse aux deux ans de leur enfant.

L’application des 1 000 premiers jours lancée par Santé publique France.


Malo propose un suivi de l’humeur, du sommeil, de la nutrition, de l’équilibre vie pro et vie perso, de la vie intime, etc.
La détection de la dépression sur smartphone
Toutes ces applications proposent également des outils ciblés pour détecter ou prévenir une dépression du post-partum. Sur l’application Malo, les parents peuvent choisir chaque mois de faire un bilan pédiatrique de leur enfant ou un check-up santé pour eux-mêmes. « Ce suivi nous permet de leur proposer des recommandations 100 % adaptées à leurs besoins, sans les noyer sous une avalanche d’informations inutiles, afin de réduire leur charge mentale », explique Madhu Desbois, directrice générale de Malo. Le but est de faire adopter aux 200 000 familles suivies par ce dispositif de bons réflexes concernant leur santé.
« Lorsque l’avis d’un professionnel est nécessaire, l’application génère un compte-rendu médical à transmettre à son médecin, dans le respect du parcours de soin », ajoute-t-elle. Deux fois par an, l’application propose aux parents de réaliser un bilan de santé, afin de faire un point sur leur état général, physique et mental. « Nous accompagnons ce bilan de cinq programmes santé, dont le retour au travail par exemple ».
De plus, un journal d’humeur est disponible pour consigner son état psychique, ce qui peut aider à détecter un mal-être, et une rubrique est consacrée au bien-être des mères. « Lorsque l’état d’une maman nécessite un accompagnement médical, Malo passe le relais aux professionnels de santé déjà impliqués dans son suivi. »
Du côté de BeParentalis, l’application conjugue une base de données écrites par des médecins, pédiatres, sages-femmes et experts en parentalité, et une intelligence artificielle qui répond aux parents à partir de ces connaissances. « Cela permet d’obtenir une réponse médicale fiable dans son téléphone, quelle que soit la question » avance Bastien Combes, cofondateur du dispositif.

Assistant pédiatrique pour jeunes parents
Des fiches concernent spécifiquement la dépression du post-partum. « Avec l’intelligence artificielle, les parents sont libres de questionner, alors qu’ils ont parfois du mal à aborder le sujet avec un médecin. On met en avant des symptômes tels que la perte d’intérêt, la fatigue, les troubles du sommeil, et l’on redirige vers un médecin traitant, sage-femme ou psychologue au besoin. »
L’application des 1 000 premiers jours, elle, est dotée d’un widget appelé « blues ». « Il s’agit d’un outil numérique d’autodiagnostic scientifiquement éprouvé de son niveau de bien-être et, si besoin, d’orientation vers des professionnels pour approfondir le diagnostic et accompagner le parent présentant des symptômes de dépression post-partum », détaille le pôle communication de la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS).
Avec ce test d’une trentaine de questions, quelques minutes suffisent pour évaluer le bien-être émotionnel du parent. Un score est communiqué et, s’il est élevé, il est proposé au parent d’être mis en contact avec un professionnel de santé, et d’autres ressources lui sont fournies. « Un suivi est ensuite mis en place pour savoir s’il a pu effectivement être pris en charge. »
Des outils éprouvés scientifiquement
Ces différents outils permettent donc de détecter les premiers signaux faibles évoquant une dépression, afin de rediriger au mieux les parents concernés. Mais sont-ils fondés scientifiquement ? Le questionnaire qu’utilise les 1 000 premiers jours est l’autotest Edinburgh Postnatal Depression Scale (EPDS). « Un score élevé est une probable indication pour une dépression, mais ne peut pas le confirmer à 100 %. Cela peut constituer la première étape vers un diagnostic. »
En plus du suivi d’humeur au quotidien et des bilans de santé mentale, Malo utilise également le questionnaire EPDS, « une référence pour repérer les signes de détresse psychologique chez les jeunes mères ». Si le score est élevé et que des signes préoccupants sont détectés, Malo génère automatiquement un compte-rendu médical, que le parent peut transmettre à un professionnel de santé.
« Tout le contenu de BeParentalis provient des autorités de santé et d’un conseil scientifique de médecins et professionnels de soin dans toutes les spécialités de la parentalité. L’hôpital Lenval est associé au projet. » expose Bastien Combes. Quand de nouvelles études ou recommandations sortent, le contenu de l’application est aussitôt mis à jour.
Les résultats de ces expériences
Après quelques années d’existence de ces applications, quels sont les résultats ?
Malo existe depuis 2021, et une étude basée sur ses données a été publiée en 2024 dans la revue scientifique JMIR Public Health and Surveillance. Elle conclut que l’application peut aider à détecter précocement cinq troubles neurodéveloppementaux chez les enfants, ainsi que les dépressions postnatales chez les mères, menant à une réduction de 31 % de leur incidence.
« Selon notre étude clinique, menée sur 10 000 mères utilisant l’application, 92 % ont suivi notre recommandation de consulter un professionnel de santé, aboutissant ainsi à une prise en charge adaptée », explique Madhu Desbois. 75 % d’entre elles ont ensuite reçu un traitement spécifique, et les 25 % restantes ont été suivies et surveillées par un professionnel de santé.
« Selon de nombreux parents, grâce aux parcours de prévention de BeParentalis, des symptômes ont pu être détectés précocement, et l’on a été le premier pas vers une prise en charge par un professionnel de soin », commente Bastien Combes. « On travaille également avec des sages-femmes qui utilisent l’application avec leurs patientes, c’est un vrai gain de temps pour détecter une dépression du post-partum. »
Du côté des 1 000 premiers jours, 150 000 autotests ont été réalisés depuis sa mise en place en juillet 2021. « Environ 5 % des personnes se situant dans une « zone à risque » ont souhaité être recontactées, la moitié d’entre elles ayant été orientées vers un professionnel pour engager un parcours de soins », confie le pôle communication de la DGCS.
Un manque de financements pour prévenir la dépression des mères
Élise Marcende, présidente de l’association Maman Blues qui soutient les femmes en difficulté maternelle, a justement travaillé sur l’application des 1 000 premiers jours pendant un an et demi.
« On avait été sollicités pour le dispositif des 1 000 jours blues, afin de rediriger certaines mères vers l’association ensuite. Seulement, la pérennité de l’application n’a pas été réfléchie, elle peine encore à fonctionner aujourd’hui. Il y a pourtant de la demande, les femmes et les hommes vont mal en postnatal ou même pendant la grossesse. »
L’application avait, en effet, été menacée de fermeture faute de financements début 2024. Un sursis lui a été alloué, grâce à une extension de budget, mais son avenir reste encore incertain. « Les autres applications sont souvent privées, mais du moment que les gens trouvent un lieu, même virtuel, où ils peuvent s’interroger sur leur bien-être émotionnel et psychique, c’est une excellente chose », atteste Élise Marcende.
Pendant cette période de collaboration avec les 1 000 premiers jours, la présidente de Maman Blues a pu constater des retours positifs de la part des parents. « C’est une porte d’entrée dans le soin beaucoup plus rapide. Bon nombre de femmes avaient des signaux d’alerte inquiétants, voire des idées suicidaires. Pour certaines, cela leur a sauvé la vie. » Pour Élise Marcende, l’existence de ces applications est essentielle, et leurs bénéfices sont fondés. « Mais il faudrait les pérenniser, avoir un corps soignant formé au sujet de la dépression postnatale et davantage de places dans les unités mère-enfant. »
Anne-Florence Salvetti-Lionne
Autotest des 1 000 premiers jours blues :
