Accompagner les femmes enceintes et les mères à la rue : l’alliance entre le médical et le social (2e partie)

Immersion au sein de l’ESI Georgette Agutte à Paris. Elles ont été contraintes de quitter leur pays pour échapper à des violences extrêmes. Elles ont subi d’autres traumatismes durant leur parcours migratoire. Elles se retrouvent sans domicile et sans papiers en France, parfois enceintes, parfois avec leurs enfants. Dans les locaux de l’Espace Solidarité Insertion (ESI) Georgette Agutte à Paris, ces mères venant du monde entier sont accueillies, soutenues et prises en charge par une équipe psychomédico-sociale, dont la force et l’efficacité résident dans leur travail en réseau. Rencontre et regards croisées avec deux travailleurs sociaux de l’ESI, Frédéric Kosmann et Alexis Guillart, éducateurs spécialisés, et deux professionnelles de santé de la PMI Hors-les-murs, Jeanne Denain, sage-femme, et Maud Gérard, infirmière.

© Anh-Chi Tôn

« L’ESI Georgette Agutte est réservé aux femmes enceintes et aux mères. L’accès à l’établissement est interdit aux hommes. » L’affiche est collée sur la porte d’entrée du lieu d’accueil, situé dans le XVIIIe arrondissement de Paris. Le message est traduit en plusieurs langues. Ce lieu d’accueil de jour, géré par une association, est autant un lieu de vie qu’un lieu de suivi social. L’équipe fixe se compose de trois accompagnantes éducatives et sociales, trois éducateurs spécialisés (au moment de la rédaction de cet article, ils sont en sous-effectif et sont seulement deux), et une psychologue à temps plein.  Des intervenantes extérieures de la PMI Hors les murs, viennent chaque semaine pour y faire des entretiens, dans une démarche « d’aller vers » : deux sages-femmes pour les mères et une infirmière puéricultrice pour les enfants. Des bénévoles peuvent venir ponctuellement animer des ateliers. L’ESI Georgette Agutte est un lieu de vie accueillant, où les femmes et leurs enfants peuvent non seulement se (re)poser et créer des liens sociaux, mais aussi bénéficier d’un suivi psychomédico-social avec l’équipe en place. Dans quel état psychique se trouvent ces femmes et ces enfants ?  Alexis : Les femmes migrantes se maintiennent car il faut qu’elles amènent leurs enfants à l’école, qu’elles leur fassent à manger, qu’ils prennent leur douche, qu’ils fassent leurs devoirs… Elles ont un rythme de vie. On les appelle « les invisibles ». On ne les voit pas car elles font comme tout le monde. Nous avons eu des femmes seules, de grandes marginales tombées enceintes, ce n’est pas le même profil que les migrantes avec leurs enfants. Pour ces grandes marginales, c’est très difficile, car elles sont dans les schémas de précarisation, ce qu’on appelait avant vulgairement « la clochardisation ». Elles vivent totalement déconnectées de la réalité pour se protéger. Souvent, ces femmes seules se dégradent au niveau de…

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