Endométriose : peut-on encore en souffrir après la ménopause ?

Les femmes souffrant d'endométriose attendent souvent la fin de leur calvaire avec la ménopause. Mais certaines continuent à souffrir de symptômes d'endométriose même après. Pourquoi ? Peut-on y remédier ?

10 à 20 % des femmes sont touchées par l’endométriose. La ménopause apparaît, elle, généralement autour de cinquante ans. On considère qu’une femme est en postménopause lorsqu’il n’y a pas eu de règles pendant un an. Les femmes atteintes d’endométriose attendent souvent de pied ferme cette période pour enfin être libérées de leurs symptômes. Et c’est effectivement le cas pour la plupart de ces patientes, sauf pour environ 2 à 5 % d’entre elles. Si l’on en parle peu, le premier cas d’endométriose chez une patiente ménopausée aurait toutefois été diagnostiqué en 1942 par le scientifique Edgar Harton.

Ménopause : la fin du calvaire ?

« Dans la très grande majorité des cas (95 à 97 %), la ménopause soulage les femmes atteintes d’endométriose », confirme Yasmine Candau, présidente d’EndoFrance, Association française de lutte contre l’endométriose. « Les lésions ne sont plus nourries par les hormones, elles finissent donc par s’assécher et ne plus être actives. »

Parmi les hormones en question, on retrouve en particulier les œstrogènes. « Leur baisse apporte un soulagement pour la majorité des femmes », ajoute Maïa Alexaline, docteure en biologie et associée, et directrice scientifique de Lyv, une application dédiée à l’endométriose.« Malheureusement, on s’aperçoit aujourd’hui que certaines endométrioses persistent après la ménopause, majoritairement des endométrioses ovariennes. » 

« À chaque fois qu’une femme atteinte d’endométriose a ses règles, du sang frais se redépose sur les lésions, ce qui crée un processus inflammatoire. C’est une partie de ce qui provoque les douleurs d’endométriose »,explique Anh-Chi Ton, sage-femme à Paris. Le traitement de l’endométriose repose donc en partie sur la mise sous aménorrhée des patientes, en leur prescrivant une pilule contraceptive, ou en les mettant sous ménopause artificielle en deuxième intention. Il est donc logique que pour l’immense majorité d’entre elles, la ménopause soulage les symptômes liés à l’endométriose, même s’il existe d’autres types de douleurs que celles liées aux saignements. « Des adhérences peuvent se créer sur les lésions et être douloureuses même en dehors des règles », poursuit la sage-femme. « Les organes, qui sont normalement mobiles, ne peuvent plus trop bouger. Avec de la kinésithérapie et de l’ostéopathie, on peut essayer de les remettre en mouvement. Il y a également des douleurs neuropathiques lorsque les lésions sont sur les nerfs, cela crée une irritation ou une compression, et le nerf communique une mauvaise information de douleur. Ces deux mécanismes de douleur ne sont pas soulagés quand on coupe les règles et peuvent donc persister à la ménopause. »

Yasmine Candau attire également l’attention sur les douleurs liées à l’hypersensibilisation du corps après des décennies d’endométriose. « L’endométriose peut ne plus être active, mais les douleurs être persistantes, car le cerveau les a enregistrées. Cela peut se traiter avec un algologue, ou bien des techniques non médicamenteuses : hypnose, sophrologie, relaxation, neurostimulation électrique et sports adaptés. » 

Quand l’endométriose se poursuit après la ménopause 

Pour le petit pourcentage de femmes qui n’est pas soulagé à la ménopause, quels sont les symptômes qui persistent ? « La littérature scientifique décrit principalement des douleurs pelviennes et des symptômes intestinaux », répond Maïa Alexaline. « Les symptômes ne semblent pas perdre en intensité, mais le sujet n’a pas encore été beaucoup étudié. »Des troubles urinaires et des saignements sont également mentionnés. Les lésions se situent dans les ovaires pour 30 % des cas et le tube digestif dans 50 % des cas. « Dans ces cas de figure, les études montrent une récidive des lésions. Cela pourrait être dû aux traitements hormonaux prescrits pour la ménopause. Certaines lésions auraient la capacité de se transformer en cellules endométriales, mais on n’en est pas encore certain », ajoute Yasmine Candau. Selon une étude thaïlandaise de 2009, le recours à ces traitements substitutifs pourrait réactiver les lésions dans 5 % des cas.

Le manque d’études et de recherches sur la question rend les causes de cette persistance complexes à expliquer. Les traitements hormonaux de substitution, souvent administrés au moment de la ménopause, semblent toutefois une piste plausible, l’absence de chirurgie pour retirer les lésions également, de même que la production d’œstrogènes périphériques par les glandes surrénales. « Un apport en œstrogènes pourrait faire flamber certaines lésions qui étaient déjà présentes. Dans la littérature scientifique, on trouve aussi une autre cause possible, une production endogène majorée, liée à la graisse », avance Maïa Alexaline, l’obésité étant citée dans des études comme un facteur de risque d’une endométriose persistante après la ménopause.

L’endométriose peut-elle apparaître pour la première fois après la ménopause ?

Selon une étude brésilienne de 2019, l’endométriose post-ménopausique peut survenir tardivement, parfois plus de dix ans après l’arrêt des menstruations. Une autre étude, menée en 2020 par des chercheurs roumains, établit le fait que, dans certains cas, l’endométriose n’existait pas avant la ménopause. « C’est rare mais ça arrive, on ne sait pas exactement pourquoi. Mais il est difficile de savoir s’il s’agit d’une nouvelle endométriose, ou d’une qui existait déjà avant mais était peu symptomatique », explique Anh-Chi Ton. 

Dans d’autres cas, elle peut ne pas avoir été diagnostiquée plus tôt, mais avoir été existante avant la ­ménopause. « Le délai de diagnostic de l’endométriose en général est très long, et les douleurs sont encore taboues », confirme Maïa Alexaline. Après la ménopause, le diagnostic peut également être difficile à poser, car il y a peu de connaissances sur le sujet. Il arrive que la maladie soit confondue avec un cancer des ovaires ou du côlon, s’il y a des lésions dans le tube digestif.

Endométriose après la ménopause : quelles solutions ?

Une fois l’endométriose, nouvelle ou persistante, diagnostiquée après la ménopause, comment bien orienter les patientes ? Il convient de les mettre en relation avec un centre spécialisé qui pourra leur proposer des solutions. « La prise en charge préconisée est une chirurgie en première intention, puis des médicaments, à l’inverse de l’endométriose avant ménopause, où l’on privilégie les traitements médicaux en première intention », explique Anh-Chi Ton.

« Par le passé, la chirurgie était la réponse à tous les soucis d’endométriose car on ne savait pas faire autrement », remarque Maïa Alexaline. « C’est peut-être également pour cela qu’aujourd’hui les recommandations européennes sont d’opérer les femmes ménopausées atteintes d’endométriose. Les médecins et scientifiques commencent seulement à s’emparer du sujet, et chaque situation doit être discutée au cas par cas. On peut également moduler l’hormonothérapie de la patiente, et utiliser les mêmes stratégies non médicamenteuses que pour l’endométriose en général : alimentation anti-inflammatoire, activité physique adaptée aux symptômes et approche de la douleur en ciblant l’apaisement du cerveau. »

Pour Yasmine Candau, la chirurgie est également plus facilement indiquée dans cette situation, car il est moins contraignant de retirer l’utérus ou les ovaires à un âge infertile. Mais avec l’endométriose postménopause, faut-il également craindre le développement d’autres pathologies ?

« Les études tendent effectivement à dire qu’il y a un risque accru de pathologies cardiovasculaires avec l’endométriose », répond la présidente d’EndoFrance. « Mais sur le risque de cancers de l’ovaire et de l’utérus, les médecins se veulent vraiment rassurants. Le risque est très faible pour qu’un lien d’association soit fait entre ces pathologies. » « Les risques cardiovasculaires sont augmentés d’environ 30 % chez les femmes atteintes d’endométriose, on le sait depuis peu. », confirme Maïa Alexaline. « Cela pourrait être en lien avec la ménopause précoce instaurée chez certaines patientes, car les œstrogènes jouent un rôle cardioprotecteur. Les explications pourraient aussi être ailleurs, car le cœur est un muscle lisse comme l’utérus. Les chercheurs travaillent actuellement sur ces sujets. »

Il semble évident que dans les décennies à venir la recherche nous aidera progressivement à sortir du flou général qui entoure l’endométriose après la ménopause, et pourra contribuer à soulager plus efficacement les patientes. 

Anne-Florence Salvetti-Lionne

Sources : 

De Almeida Asencio F, Ribeiro HA, Ayrosa Ribeiro P, Malzoni M, Adamyan L, Ussia A, et al. Symptomatic endometriosis developing several years after menopause in the absence of increased circulating estrogen concentrations: a systematic review and seven case reports. Gynecol Surg [Internet]. 2019 Dec.

Palep-Singh M, Gupta S. Endometriosis: associations with menopause, hormone replacement therapy and cancer. Menopause Int [Internet]. 2009 Dec. 

Secosan C, Balulescu L, Brasoveanu S, Balint O, Pirtea P, Dorin G, Pirtea L. Endometriosis in Menopause-Renewed Attention on a Controversial Disease. Diagnostics (Basel). 2020 Feb.