Jean-Daniel Henry, sage-femme et photographe

« Je ne suis pas là pour lire des protocoles »

Comment es-tu venu au métier de sage-femme ?

En classe de seconde, il a fallu décider de mon orientation. Le soin et l’humain, c’était ça le plus important pour moi. J’ai pensé devenir médecin, plutôt pédiatre, en fait. J’aime la relation avec l’enfant. Un enfant, si tu lui dis « ça va pas faire mal » et que ça fait mal, c’est fini : tu ne peux plus le soigner, la relation de confiance est cassée. En découvrant le parcours du combattant que sont les études de médecine, j’ai déchanté : externat, internat, examens, classement… Ce classement qui va déterminer ce que tu vas faire toute ta vie. J’y ai vu surtout le risque d’un gros plantage et d’une grosse déconvenue. Une telle dose d’incertitude était compliquée pour moi. C’est en échangeant avec une amie de mes parents, sage-femme, que la solution m’est venue. À partir de la seconde, j’ai su où j’allais : je serais sage-femme ! J’ai passé mon concours après une prépa en terminale, le dernier concours de Paris, puis j’ai intégré l’école de Saint-Antoine. En général, c’était un homme par promo. Sur la mienne et celle d’après, on était deux, deux mecs dans une classe de 30-35. 

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Tes études se sont bien passées ?

On m’avait dit : « Fais pas tes stages à Saint-Antoine, les sages-femmes sont pas sympas ». Il faut croire que j’ai été chanceux, la plupart étaient très sympas. Et puis les gynécos m’aimaient bien, ils me laissaient faire des trucs que normalement les étudiants ne font pas. Franchement, ça s’est bien passé pour moi.

Et une fois ton diplôme en poche ?

J’ai bossé trois mois d’été à l’hôpital Antoine–Béclère. Ils n’avaient pas assez de postes à pourvoir, alors je suis allé à Créteil, maternité de type 3 également : de la pathologie, de la pathologie, encore de la pathologie… C’était mon choix, je voulais asseoir mes connaissances. À l’école, on travaille énormément autour de la pathologie. Logiquement, quand tu sors, tu as envie d’aller vers du « compliqué » et te confronter à la réalité, histoire d’être à l’aise plus tard.

Tu avais déjà en tête l’accouchement à domicile (AAD)?

Pendant mes études, l’AAD était vu comme un truc de « foldingues », de « sorcières », pas safe, très décrié. L’école nous formate à être des sages-femmes de type 3, en quelque sorte, de « petits médecins » : une formation très loin de la physiologie et de l’AAD. On n’était pas faits pour se rencontrer, l’AAD et moi. Et pourtant… Assez vite, je me suis rendu compte que le système ne nous écoutait pas. À Créteil, le chef a voulu augmenter le nombre d’accouchements. Nous lui avons répondu d’une seule voix : « Très bien, mais il faut augmenter le nombre de sages-femmes. »
Rien à faire, il n’entendait pas. Pour passer de cinq à sept salles, il s’est contenté d’ajouter une infirmière… Je ne me voyais pas courir dans tous les sens et faire des accouchements à la chaîne, comme Charlie Chaplin dans Les Temps modernes. Quand j’ai vu que la discussion était à sens unique, j’ai démissionné. J’étais en CDD, donc ça n’avait pas de grosses conséquences, mais symboliquement, c’était important pour moi de poser une limite : « Je ne veux pas bosser comme ça ».

C’est alors que tu t’es lancé en libéral ? 

J’ai enchaîné par un remplacement en libéral et j’ai ouvert mon propre cabinet parallèlement. Je connaissais le mode libéral, car dès ma troisième année d’étude, j’effectuais des remplacements chaque été. Je savais où j’allais et tout fonctionnait très bien.

Tu disposais d’un plateau technique (PT) à ­Villeneuve-Saint-Georges…

Je l’ai eu à partir de 2008. Un jour j’ai pris une boîte de Syntocinon dans le frigo — une boîte à 2,50 € — parce que j’avais une patiente à terme. Je m’étais dit : « Si jamais elle accouche, faut que j’en aie avec moi. » 

Dans mon contrat, il était stipulé que, quand j’étais avec une patiente, je pouvais utiliser matériel et médicaments. Je n’aurais jamais imaginé que cela prendrait de telles proportions. On m’a enlevé le plateau technique brutalement, autour de 2015.

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Tu t’es tourné vers le Groupe Naissances ?

Oui, c’est un collectif de professionnels qui propose un accompagnement global à la naissance, en clinique ou à domicile. À travers cette organisation, j’avais de nouveau accès à un plateau technique. Mais il y avait trop de réunions, je ne m’en sortais pas, j’avais des enfants en bas âge et c’était compliqué. J’ai fini par faire le deuil des plateaux techniques. En France, ils sont beaucoup trop difficiles à obtenir, et les hôpitaux ou cliniques n’ont aucune obligation d’accorder un PT à une sage-femme. Le PT a quand même ses limites, tu te retrouves avec tous les inconvénients de l’hôpital (protocoles, paperasse, saisie informatique), sans les avantages de l’AAD. Pourtant, sur le papier, c’est vraiment bien, cela rend possible une prise en charge globale, une continuité parfaite des soins. Tu suis ta patiente avant et pendant l’accouchement. Tu la retrouves ensuite à domicile, puis au cabinet. 

Et l’hypnose, c’est quelque chose qui compte dans ta pratique ? 

Quand j’avais mon cabinet à Paris, je faisais de la préparation à l’accouchement en m’appuyant beaucoup sur la sophrologie. À la longue, je m’ennuyais. J’ai cherché un autre levier et c’est comme ça que je suis venu à l’hypnose, qui m’a passionné. J’ai fait une première formation à l’hypnose périnatale, puis j’ai passé le diplôme universitaire (DU). L’hypnose est un outil hyper puissant que l’on n’utilise pas assez, selon moi. Elle explore un aspect essentiel de la communication. Tu as besoin que le patient soit en pleine coopération avec toi pour arriver à quelque chose. Même si tu as du savoir, tu n’es pas tout puissant. Elle permet de mettre vraiment le patient au centre du soin et pas le soin au centre du patient. C’est précisément ça, notre métier ! On doit pouvoir prendre le temps pour la patiente, ne pas lui imposer des choses sous prétexte que c’est le protocole qui le dit. Il faut qu’elle soit partie prenante, qu’elle comprenne, qu’elle soit actrice du moment. Et ça change tout. Je travaille avec son univers, pas le mien. Sans personnalisation du soin, en hypnose, on va dans le mur. Pendant mon DU, un prof nous avait raconté l’histoire d’un de ses amis, qui avait acheté un bouquin contenant des protocoles d’hypnose : « Je n’ai plus besoin de réfléchir et de me prendre la tête, disait cet ami. Je peux sortir le bouquin et puis lire l’induction. » Jusqu’au jour où il a reçu une patiente et lui a lu l’induction typique : « Vous descendez un escalier, marche après marche, etc. Vous arrivez devant une porte et vous ouvrez cette porte et … » Au moment où il a dit ça, la femme s’est mise à sangloter, à pleurer des seaux de larmes. Une fois sortie de son état d’hypnose, elle lui a révélé que, lorsqu’elle était adolescente, elle était descendue à la cave et avait découvert son grand-père qui s’était foutu une balle dans la tête… Bref, tout ça pour dire que, quand on ne personnalise pas le soin, quand on ne porte pas attention à l’historique de la personne, on peut commettre de graves erreurs. C’est pour ça que les protocoles constituent une base, mais ne sont pas toujours optimaux.

Pratiques-tu régulièrement l’IVG médicamenteuse ?

Oui, mais là aussi, j’ai des difficultés à obtenir des conventions avec certains hôpitaux.
C’est pourtant obligatoire de les mettre en place, en cas de problème. L’ARS me dit : « Il faut de la proximité, voyez avec Fontainebleau. » Ça fait cinq ans que je demande à Fontainebleau, sans réponse ! En désespoir de cause, je téléphone à Melun. Melun me dit : « Rendez-vous demain », aussitôt dit aussitôt fait. Malgré cette convention, l’ARS a exigé que ma convention soit avec Fontainebleau. Ils ont écrit à la direction de Fontainebleau pour les contraindre à établir avec moi cette convention IVG, mais j’attends toujours, c’est insupportable. C’est au point que je consulte mon assureur pour savoir si je peux déposer plainte, pour obstruction aux droits des femmes. C’est ce qu’ils font en refusant les conventions avec les libéraux, non ? 

Parlons un peu de l’AAD que tu as beaucoup pratiqué. Tu n’es pas optimiste ? 

L’Association professionnelle de l’accouchement accompagné à domicile (Apaad) a tenté un dialogue avec le conseil de l’Ordre. La réponse a été brutale : menaces de suspensions, de radiations… Je crains que les sanctions ne deviennent exemplaires et vraiment dissuasives. Alors que dans le même temps, de plus en plus de femmes désirent accoucher chez elles.Selon un sondage Ifop, 34 % des femmes aimeraient accoucher à domicile. Le conseil est censé défendre les sages-femmes et le droit des femmes, non ? Dès qu’il s’agit d’élargir le champ de nos compétences, en revanche, ils disent oui immédiatement : IVG médicamenteuse, chirurgicale, vaccinations, etc. 

Le Conseil devrait œuvrer en priorité pour que nous soyons rémunérés correctement. S’il accepte trop vite, les syndicats n’ont plus de leviers de négociation. Élargir nos prérogatives, d’accord, mais c’est donnant-donnant. Parlons rémunération d’abord ! Le conseil de l’Ordre devrait travailler davantage avec les syndicats. 

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Comment te présentes-tu aujourd’hui ? Sage-femme ou photographe ? 

Sage-femme d’abord, c’est ma formation de base. Peut-être un jour vivrai-je de l’image, mais pour l’instant, ce n’est pas le cas. Mon livre The Origins n’est pas une fin en soi, c’est une étape. L’objectif n’est pas de gagner de l’argent, mais de construire une œuvre et d’être pris au sérieux par les éditeurs, les journalistes, les productions et les lecteurs, bien sûr. Et par tous les partenaires susceptibles de m’aider dans le futur, parce que j’ai plein d’autres idées qui tournent autour de l’image et du documentaire. J’ai déjà envoyé des projets sur les violences du post-partum et sur l’IVG. Je suis à la recherche d’une production qui puisse m’aider à la diffusion sur des canaux de type Arte et France TV. Je souhaite que l’on parle enfin des sages-femmes, trop souvent maintenues dans l’ombre des médecins et dans l’ombre des médias. J’ai les intervenants, il me manque le budget pour pouvoir faire un truc qualitatif.

The Origins, parle-nous de sa gestation ? 

J’ai toujours fait des photos pour les couples que j’accompagnais, pour qu’ils conservent un -souvenir de la grande aventure de leur accouchement. Je ne leur ai jamais fait payer quoi que ce soit, c’était cadeau. Photographier est ma façon à moi d’être présent, sans être envahissant. Jadis, les sages-femmes tricotaient dans un coin. Moi je prends des photos, chacun son truc. C’est aussi que je crois très fort à la puissance de l’image. J’utilise ces photos dans ce que j’appelle le « calendrier de l’après ». Quelques jours après l’accouchement, il y a souvent une petite baisse de moral chez la maman. C’est à ce moment-là que je lui envoie les photos, en goutte-à-goutte, pour qu’elle n’oublie surtout pas la puissance dont elle a fait preuve au moment de la naissance de son enfant. C’est thérapeutique. 

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Certaines de ces photos me plaisaient particulièrement, alors je les ai postées sur les réseaux sociaux, avec l’accord des patientes bien évidemment. J’ai eu beaucoup de retours d’amis, de patientes, de journalistes, etc. Ils me disaient qu’il fallait absolument faire connaître ces images et mon travail à domicile. J’étais réticent au début, par peur d’être enfermé dans la case « photographe d’accouchement ». Pour moi, la photo a toujours été un espace de liberté et je ne comptais pas m’enfermer dans un genre particulier. Un jour, j’en ai parlé à un peintre qui m’a dit : « Vois plutôt cela comme un tremplin, comme un premier projet qui va te permettre d’ouvrir certaines portes, un cheval de Troie. » 

Pourquoi t’être focalisé sur l’AAD dans ton livre ?

J’ai décidé de montrer l’AAD en vrai, pour déconstruire les clichés et les idées reçues. Dans le contexte actuel, avec la chasse aux sorcières à l’encontre des sages-femmes qui réalisent des AAD, il y avait urgence. Souvent, quand les patientes évoquent leur projet d’AAD, on imagine que ce sont des babas cool, qu’elles traient les chèvres pendant qu’elles ont leurs contractions, qu’elles vivent dans des roulottes… des clichés hippies qui datent peut-être de Mai 68.

Ton livre est un manifeste ?

C’est un peu ça, oui. J’étais très présent dans les manifestations de sages-femmes, tu vois, au micro, au mégaphone, engagé. Et puis il y a une scène qui m’a vraiment marqué. On défilait, c’était presque midi. Je m’arrête dans une boulangerie pour prendre un sandwich. Le boulanger et son employé étaient dehors, en train de fumer. L’un d’eux me regarde et lâche : « Y’a les fraises tagada qui défilent. » Le cortège était habillé de rose. Ça m’a percuté de plein fouet. Je me suis dit : oui, en fait, c’est exactement ça, l’image qu’on renvoie. La fraise tagada, c’est bon, acidulé, inoffensif, ça ne fait pas mal.
Je me suis dit qu’avec des manifs comme ça, on n’obtiendrait jamais rien. En revanche, j’ai toujours cru à la puissance de l’image, à ce qu’elle peut provoquer chez les gens. Peut-être que ces boulangers avaient raison, finalement. Peut-être qu’en utilisant mes images, je pouvais faire passer un message plus efficacement. Un message pour ces couples et ces femmes stigmatisées en maternité, mais aussi pour toutes ces sages-femmes qui se battent pour les droits des femmes et qu’on accuse de mise en danger simplement parce qu’elles écoutent les couples. C’est à partir de là que j’ai décidé de chercher un éditeur pour faire ce livre.

C’est donc Images Plurielles qui t’édite ?

Un jour, cette maison d’édition spécialisée dans les livres de photographie organise un concours, avec à gagner L’Œil dans sa main de Raymond Depardon, un photographe que j’admire énormément. Pour la petite histoire, je lui avais justement demandé de préfacer mon livre. Il avait décliné très gentiment, m’expliquant qu’à son âge et au vu de son emploi du temps, il n’aurait pas le temps de le faire correctement. Bref, le tirage au sort a eu lieu… et j’ai gagné le livre. C’était mon jour de chance, j’ai contacté la maison d’édition, un peu au culot : « Est-ce que vous ne chercheriez pas des photographes à éditer ? Parce que moi, j’aimerais bien publier chez vous. » On m’a renvoyé vers le directeur des éditions, qui a commencé par refuser. Dans ce milieu-là, si tu n’insistes pas, tu n’obtiens jamais rien. Alors j’ai insisté et j’ai dû être convaincant, parce qu’à la fin de notre échange, il m’a dit : « Je vois que vous êtes motivé et que vous ne lâchez rien. Voilà ce que je peux vous proposer : on lance le projet en prévente. Si vous atteignez un nombre suffisant de commandes, on édite le livre. » Il fallait couvrir les coûts d’impression, soit environ 170 exemplaires. Nous avons signé le contrat début août 2024. La campagne de prévente a été lancée fin novembre, et le livre est finalement sorti le 4 avril 2025.

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Travailles-tu en argentique ?

Non, je travaille en numérique, mais traité comme de l’argentique. C’est-à-dire que mes photos ne sont pas retouchées, que je n’enlève pas les trucs qui me chagrinent. Sur les gens, je n’enlève rien. Je veux que mes images soient -naturelles.

Comment s’est passée ton expo au Congrès national de la sage-femme libérale, à Troyes ? 

Très belle expérience. J’ai rencontré de nombreuses sages-femmes favorables à l’AAD et sensibles à mon travail. J’espère que tout ça va faire son chemin, parce que j’en ai assez de crier dans le désert. 

J’ai aussi pu entendre la détresse de mes consœurs libérales dont les revenus ne cessent de diminuer et dont les charges ne cessent d’augmenter. 

Et la télé, La Maison des maternelles ?

J’ai été invité plusieurs fois. Ils m’ont même contacté une fois pour remplacer Anna Roy qui n’était pas disponible. Ça ne s’est finalement pas fait, dommage. J’aurais pu exposer un point de vue différent, je pense que cela aurait été vraiment intéressant pour les femmes.

Derrière tout ça, on sent ton ras-le-bol des conditions d’exercice de la profession, non ? 

Oui. J’adore être avec les couples, les accompagner, m’occuper des nouveau-nés. Mais, quand tu regardes comment on est payés… Pour une profession médicale, cinq ans d’études, six maintenant, c’est du foutage de gueule. Beaucoup de collègues ne peuvent pas partir en vacances avec leurs enfants ou bien une fois par an. Tu as la vie d’une mère et d’un enfant entre les mains, tes décisions sont les premières contestées… et tu ne gagnes même pas ta vie correctement. 

Je suis en train d’essayer de monter une exposition à l’Assemblée nationale autour de mon livre The Origins. Le parlementaire à qui j’ai expliqué nos conditions de travail a halluciné. Un accouchement, tout le suivi, l’acte et les deux heures après sont rémunérés 350 euros brut. Et que dire des assurances au coût prohibitif ? Moi, je veux juste vivre décemment. Mon but avec ce livre est d’ouvrir un débat parlementaire sur la périnatalité… La mise en place des Mille premiers jours a été une très bonne chose, surtout pour le bébé et la maman. Mais nous, les accompagnants à la naissance, on n’a pas été mis en avant.

Tu travailles à mi-temps dans une association

Je fais partie de l’équipe mobile santé-précarité–périnatalité. On va vers les patientes sans suivi, sans droits, sans papiers, on s’occupe de femmes qui nous arrivent par le 115, etc. On les ramène dans le giron du droit commun, du système social en les aidant à ouvrir des droits. On fait un gros travail de prévention et d’information. On propose des ateliers sur les mutilations génitales, sur la contraception, sur les IST… Nous sommes localisés à Vaux-le-Pénil, près de Melun, secteur Seine et Marne sud, c’est énorme. Moi, je suis sur la périnatalité : femmes et enfants de moins d’un an.

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Tu as pris ce mi-temps pour des raisons financières ?

Oui. J’ai arrêté l’AAD qui me faisait gagner ma vie. Je continue en libéral, mais mon cabinet est à la campagne et je souffre du manque de transports en commun. C’est compliqué pour certaines patientes de venir jusque chez moi. Je me sens utile dans cette association, ces femmes ont vraiment besoin de nous. Puis, j’avais besoin d’un revenu fixe, sécurisant. Je suis papa d’un fils hyperactif, hyper angoissé, suivi, médiqué, qui demande beaucoup d’attention. Certains jours, je ne peux pas exercer parce qu’il faut que je l’amène à des rendez-vous. Et pour l’instant, on n’a pas encore d’aide accompagnant. Dans cette structure, je suis payé environ 1 500 euros par mois. C’est pas mal, même si j’espérais davantage. 

Le fait que tu sois un homme ne pose pas de problème ? 

Aucun. Même avec des patientes voilées, venues de Syrie, d’Afrique… Tant que l’on est dans une relation d’aide, ça marche. La posture du soignant compte énormément. Par exemple, si un examen vaginal n’est pas nécessaire, pourquoi le faire ? Si tu respectes ça, les patientes se sentent entendues. Et lorsque le jour vient où cet examen est nécessaire, tu leur expliques pourquoi et ça change tout. La communication est la clef. 

Avec toutes tes casquettes, en plus de celle de papa… Où trouves-tu ton énergie ? Tu ne t’épuises pas ? 

Si. Mais j’ai la passion au cœur et l’espoir comme carburant. Je veux faire bouger les lignes, cette idée me fait tenir. Et puis… comme dirait Jean-Claude Duss (Michel Blanc) : « Sur un malentendu, ça peut marcher. »

Comment vois-tu l’évolution du métier ?

Pour moi, deux scénarios sont possibles, un négatif, un positif. Le positif : rouvrir des maternités de type 1, que la physio soit le terrain des sages-femmes, avec une antenne pathologie gérée par les médecins. Qu’on se réattribue nos rôles respectifs : ça n’a pas de sens que les médecins suivent des grossesses physio alors qu’ils sont en sous-effectif. Le scénario négatif : qu’on devienne des techniciens, qui cochent des cases, des lecteurs de protocoles qui oublient de réfléchir quand ils sont en face d’une patiente. Les fameux Temps modernes de -Chaplin ! Notre métier devient cela, alors nous serons remplaçables, n’importe qui pourra le faire. Il y a deux courants : médicalisation et démédicalisation. J’espère que le second l’emportera.

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Si tu avais un leitmotiv, ce serait quoi ? 

Autonomie. Choix. Que les femmes soient les actrices vedettes de leur accouchement. Nous, on est garants de la sécurité, on accompagne, on répond aux questions. Et l’on n’est pas là pour lire des protocoles.
Interview réalisée par Stéphane Cadé

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