
Quand on effectue une approche affective, un changement de tonus s’opère dans tous les tissus qui deviennent plus moelleux, car les vaisseaux sanguins se dilatent, les hormones circulent mieux. À travers ce phénomène, on se sent entier,« dans une détente profonde et un sentiment de complétude qui facilite la rencontre. C’est valable pour bébé qui habite une maison de muscles et de fascias, comme chez la mère et le père », poursuit la docteure. « C’est ce que l’on va chercher avec l’haptonomie : un langage non verbal subtil qui s’installe entre parents et enfant. Cette détente chez la femme va lui permettre, concrètement, d’inviter son enfant à venir vers son cœur ou vers son père, et l’enfant va y répondre. Quand on ouvre les bras pour accueillir quelqu’un qu’on aime, le tonus est bien différent que lorsqu’on ouvre les bras sans intention aucune », donne la médecin-psychothérapeute comme exemple.
La formation
Le cursus est réparti en neuf sessions de trois jours, soit 27 jours de formation (162 heures). Chaque sage-femme définit son projet, et au-delà de la pratique en classe, chacune se lance en haptonomie sur son lieu de travail. Les premiers couples avec lesquels elles commencent leur pratique fournissent des comptes rendus de leurs séances aux formateurs.
Le docteur Charles Gilliot est un des superviseurs de la formation. « Le frein par rapport à l’haptonomie, c’est la durée. Tout le monde veut une formation rapide ; or là il y a à la fois des connaissances théoriques et une pratique, que Frans Veldman a rassemblées dans des concepts, et une maturation de ces concepts qui prend du temps. » En plus de la pratique haptonomique, le gynécologue-obstétricien assure que la formation développe l’empathie et la capacité à s’ancrer dans le présent face aux patients : « Ça aussi c’est un apprentissage long. »

Un autre groupe de sages-femmes s’entraînent à pratiquer les enroulements. © Juliette Prime
« On s’entraîne les unes sur les autres »
Lors des stages de formation, les sages-femmes travaillent énormément sur la mise en gestes du vocabulaire de l’haptonomie, dont voici quelques exemples :
- Les modelages : ils sont pratiqués par la sage-femme puis par le père. Ils apportent du bien-être à la mère et plus tard au bébé après sa naissance.
- Les centrages du bassin : ils apportent un changement de tonus, une détente et un bien-être dans le bassin et le dos (excellent outil pour la préparation à l’accouchement).
- Les enroulements : dans un seul mouvement, on invite la femme à enrouler son bassin et l’on invite son enfant à se poser vers l’arrière. Par leur répétition, on soulage les tensions chez la mère, et l’on apprend à l’enfant comment prendre le bon chemin le jour de sa naissance.
Les sages-femmes en formation se mettent parfois en sous-vêtements pour pratiquer les exercices, afin d’apprendre en incarnant le rôle des patients. « Les mouvements sont tellement subtils que c’est préférable que les patients se déshabillent pendant les séances et que l’on soit en contact direct avec leur peau. C’est possible de faire des enroulements à travers leurs vêtements, mais on ne sent pas toute l’information », conseille Amélie, l’une des praticiennes en formation. On enseigne aussi les différentes manières de faire des centrages aux conjoints pour qu’ils les pratiquent régulièrement à la maison. Cela soulage la femme enceinte, la rend plus légère, plus heureuse et confiante pour la suite des événements.
Pour explorer le vocabulaire de l’haptonomie, on peut se procurer le Dictionnaire de l’haptonomie – Édition 2024 entièrement revue, auprès du CIDH-FV.
Démarrer l’activité
Une séance d’haptonomie est cotée comme une séance de préparation à l’accouchement, avec une partie en complémentaire hors nomenclature, remboursée par certaines mutuelles. Les tarifs vont de 50 euros en région à 80 euros à Paris, dont 37,30 euros sont pris en charge par la Sécurité sociale.
Les sages-femmes de la formation nous disent que c’est le bouche-à-oreille qui fonctionne le mieux pour se faire connaître en tant que praticienne en haptonomie. Nicoletta, basée près de Toulouse, reçoit par exemple beaucoup de couples de femmes qui se sont passé le mot.
Les couples cherchent de plus en plus des praticiens en haptonomie. Malheureusement, que ce soit en cabinet libéral ou en maison maternelle, ou de parentalité, ils sont encore trop peu nombreux et souvent débordés.

Séance de la marche pour Paz, quinze mois, entourée de toutes les sages-femmes en formation. © Bernard Lefort
L’haptonomie agit sur le bien-être du soignant
« L’haptonomie fait développer une conscience précise de notre façon de comprendre ce que ça fait à l’autre », affirme Charles. D’après lui, tous les gens qui la pratiquent disent qu’ils finissent la journée moins fatigués, car dans l’échange avec les patients, « une dynamique très soutenante » se met en place.
Les sages-femmes de la formation acquiescent : « Cela modifie la manière de travailler ! » Pour Sophie, cela change sa pratique de la séance de rééducation du périnée, pour Nicoletta, la façon dont elle pose le stérilet. Elles constatent toutes que l’hapto leur donne une perception plus importante de ce que vivent la femme et le couple.
C’est aussi une évidence pour Noémie Pennarun, autre formatrice du centre. La sage-femme, qui se consacre à 100 % à cette activité en libéral, en témoigne : « Cela m’a permis de sortir de la part uniquement médicale du suivi de grossesse. Je suis les couples presque deux ans, cela me permet de prendre le temps de les connaître pour que l’accompagnement corresponde à chaque couple, chacun avec son profil. Je suis plus ajustée dans ce que je leur dis, car je sais ce qu’ils sont. C’est en ça que cela rend notre suivi plus humain. »
L’hapto donne des clés pour l’accompagnement en post-partum
Catherine Dolto évoque le « génie » de l’haptonomie en prévention du baby blues et de la dépression post-partum : « J’en ai vu très peu après un suivi haptonomique, en 40 ans d’expérience. » La raison ? Le post-partum est vécu à trois, avec un père en soutien affectif auprès de la mère. « On fait une séance de suites de couches où l’on restaure la mère dans sa complétude et dans sa base » pour renforcer cela. La formatrice nous apprend que cela fonctionne également en cas d’accouchement difficile ou traumatique. Dans le cadre d’une césarienne, on travaille aussi sur les cicatrices, comme on peut le faire aussi après la chirurgie pelvienne, quelle qu’elle soit.
Véronique Priem, elle, le pratique à l’Hôpital mère-enfant de l’Est parisien auprès de mères qui n’ont pas fait d’hapto en prénatal, et qui ont du mal à être en lien avec leur enfant : « On les aide à développer un chemin qui donne beaucoup de sécurité, c’est très aidant face à une situation d’angoisse ou de mal-être ».
Les bébés hapto, ces êtres solaires
Souvent, c’est ce que l’on dit de ces bébés. Personne ne peut l’affirmer avec certitude, mais enraciner son enfant dans un terreau de sécurité affective, « ça fait des bébés plus calmes, paisibles et confiants », selon Catherine, « ça fait des enfants qui savent très bien ce qu’ils veulent dans la vie », selon Charles. « Et nous, on accompagne des gens qu’on a connus in utero et l’on voit ce développement », apportent-ils comme témoignage, presque de concert.
Un accompagnement global, pour tous, et tout au long de la vie
Les sages-femmes proposent même l’hapto en préconception et/ou pour accompagner les couples en parcours de PMA.
Au-delà de ces cas, « un certain nombre de couples en haptonomie PPN sont des gens qui ont des passifs traumatiques et un passé qui pourrait ressurgir au moment de la parentalité, et ils n’ont pas envie que ces traumas réapparaissent ». C’est le constat de la sage-femme Noémie. Plus globalement, la formatrice observe qu’en dehors de l’hapto, il n’y a pas d’espace pour un couple qui va devenir parents, en pré et post-natalité : « Les parents me le disent, il n’y a pas d’autres endroits pour en parler ».
Pour Catherine Dolto, l’haptonomie est une Révolution tranquille– c’est le nom de son prochain ouvrage à venir en 2025 – car c’est une révolution à la portée de chaque sage-femme et praticien voulant avoir une pratique dans laquelle il y a beaucoup plus de sens.
Juliette Prime
Témoignage de la docteure Evelyne Petroff, gynécologue-obstétricienne et formatrice au CIDH-FV
Sur son expérience en hapto-obstétrique
En tant qu’obstétricienne, je sais d’expérience que l’hapto développe une puissance inégalée d’aider un enfant quand il y a des difficultés, pour les parents comme pour les soignants, tous formant une même équipe. Dans 90 % des cas, ça se passe bien, mais quand il y a un événement particulier – un bébé coincé ou qui exprime un mal-être – les parents ne sont pas désemparés, mais soutiennent leur enfant. En salle, l’hapto m’a permis d’avoir des gestes médicaux – forceps, manœuvre, césarienne – tout en ayant la faculté de garder mon humanité. Elle est un soutien quand on est confronté à des gardes avec des situations difficiles, comme l’accompagnement de mort in utero.
Sur son expérience avec l’haptonomie d’urgence
Monter sur la table pour faciliter un accouchement difficile, je l’ai fait plein de fois ! Quand un enfant n’arrive pas à s’engager dans le bassin maternel ou face à une stagnation de la dilatation, par exemple. On peut aider l’enfant en mettant les mains sous le bassin de la mère avec un contact haptonomique. Comme celui-ci détend tout de suite, un changement de tonus musculaire s’opère, et en même temps, on appelle l’enfant dans le bassin. Cela potentialise les chances que l’enfant descende. Dans ces moments-là, je le sens comme partenaire, ainsi que les parents, et c’est assez incroyable. Ils sont surpris, certes.
Toutes les infos sur la formation en haptonomie PPN sont sur le site du CIDH-FV :
haptonomie.org
Pour aller plus loin : Haptonomie : Science de l’affectivité, Frans Veldman Ed. PUF, neuvième édition