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Exercer seule, sans être isolée : comment les sages-femmes libérales tiennent le cap

La liberté d’organisation reste la première motivation des sages-femmes qui choisissent le libéral. Pouvoir gérer son temps, ses patientes et son rythme d’exercice séduit par la souplesse qui en découle. Mais cette autonomie, vécue comme un soulagement au départ, peut rapidement devenir source d’isolement. « L’isolement, la surcharge de travail et le manque de relais sont des problématiques récurrentes », souligne Éliette Bruneau, présidente de l’Association nationale des sages-femmes libérales (ANSFL). Sans équipe à ses côtés, la praticienne doit assumer seule les urgences, la gestion administrative et la comptabilité. « Certaines finissent par ne plus prendre de vacances », constate-t-elle. “ L’isolement, la surcharge de travail et le manque de relais sont des problématiques récurrentes “ Eliette Bruneau Pour Daphnée Breton, psychologue du travail et référente du réseau Souffrance et Travail Paris ¹, ce mode d’exercice rend particulièrement vulnérable : « L’absence de collectif prive les praticiennes d’un soutien à la fois sur le plan technique (compétences, débats sur l’analyse des pratiques et de l’organisation du travail) et sur le plan émotionnel (écoute, entraide, reconnaissance) ». Le manque de relais aggrave le sentiment de fatigue et d’impuissance. Les premiers signaux sont discrets : irritabilité, troubles du sommeil, perte d’envie. Puis viennent la lassitude et la dévalorisation de soi. À cela s’ajoute une autre forme de pression : la crainte de perdre sa patientèle ou de ne pas assurer la continuité des soins en cas d’arrêt. Beaucoup repoussent le moment de souffler, au détriment de leur santé. Pascale Primault, sage-femme à Pont-l’Abbé, a longtemps observé ce cercle vicieux : « Quand on travaille seule, il n’y a personne pour dire stop. Le risque, c’est de ne plus savoir poser de limites ». Quand le collectif devient force Installée depuis 2020 à Pont-l’Abbé, Pascale Primault a fait le choix d’un -c-abinet de groupe avec deux consœurs qu’elle connaissait déjà à l’hôpital. « C’était un choix réfléchi...

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Étudiant·e·s sages-femmes et déjà engagé·e·s

« Le métier a un côté féministe : on soutient la santé et le droit des femmes. Naturellement, la filière attire des profils qui sont, à la base, engagés. Il n’y a pas de sage-femme qui ne le soit pas d’une certaine façon ou d’une autre », raconte Chloë Grunenwald, présidente de l’Association nationale des étudiant·e·s sages-femmes (ANESF).  À 22 ans, elle a pris une année de césure pour honorer son mandat. Ses causes, c’est la reconnaissance des sages-femmes et la lutte contre la précarité des étudiant.e.s. Dernier chantier : la réforme de la formation « qui va bientôt sortir ! Cela aura pris deux ans ! », s’exclame-t-elle. Et de conclure :« Aucune d’entre nous ne s’engage pour elle-même. On a des études suffisamment prenantes. Pour nous, c’est coûteux, c’est du sommeil en moins. On le fait pour la profession. » Elle est animée par une véritable vocation à défendre les étudiant.e.s sages-femmes (ESF).  Une vocation parmi tant d’autres. L’engagement associatif, bénévole et militant des ESF est pluriel. Il dépasse largement les revendications corporatistes. C’est un engagement civique et solidaire, caractérisé par la convergence des luttes et l’intersectionnalité, les enjeux environnementaux et climatiques, le souci de la santé publique, de l’autre, tout simplement. “ Aucune d’entre nous ne s’engage pour elle-même. […] On le fait pour la profession ”  Aider les personnes à la rue C’est ce à quoi se consacre Sterenn Lesaux, en troisième année de maïeutique. On la retrouve une soirée par semaine, devant les finances publiques de Rennes, ou à Saint-Melaine, les deux points fixes de la Croix-Rouge de la capitale bretonne.  Elle y distribue des boissons chaudes, des couvertures : « Comme l’hiver approche, on a fait une récolte à Décathlon pour récupérer des gants, des bonnets, des duvets. Beaucoup de -chaussettes aussi. » On entre dans la période critique que Sterenn redoute. L’année dernière, il y a eu plusieurs décès. ...

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Comment les règles affectent la pratique sportive et la performance ?

Les effets des menstruations sur les performances sportives  Depuis 2021, l’étude Empow’her (Exploring menstrual periods of women athletes to escalate ranking) de l’Insep enquête sur les impacts des cycles menstruels et de la contraception hormonale sur l’entraînement et la performance des sportives se préparant aux Jeux olympiques et paralympiques. Juliana Antero, chercheuse à l’Insep et ancienne sportive de haut niveau en gymnastique aérobique au Brésil, dirige le programme Empow’her. Une centaine d’athlètes ont participé à cette étude longitudinale. « Selon les résultats de l’étude, les symptômes menstruels sont associés à un impact négatif sur la pratique sportive, pendant les règles ou quelques jours avant. Les femmes peuvent avoir les seins qui gonflent, des maux de tête, ou une plus grande fatigue. » Jessika Guehaseim, spécialiste du lancer de marteau et joueuse de rugby à XIII, reconnaît que les règles peuvent affecter la performance. « Parfois, on cale nos compétitions en fonction des cycles, parce qu’on sait qu’il y a des moments où on se sent mieux dans son corps, alors qu’à d’autres périodes on se sent plus faibles et on ne veut pas risquer de faire une contre–performance. Bien sûr, ce n’est pas toujours possible, on ne décide pas des dates de championnats, mais dans la préparation on essaie de se calquer au maximum sur les cycles. » En effet, les menstruations peuvent provoquer une diminution des performances à cause du syndrome prémenstruel, d’une fatigue accrue, de sautes d’humeur, d’une baisse d’énergie, de crampes ou encore d’une période de récupération plus longue. En phase lutéale, le pic de progestérone peut entraîner une rétention d’eau, une sensibilité à la douleur et davantage de difficultés à se concentrer.  Alors qu’elle fait du sport de haut niveau depuis les années 2000, la handballeuse Estelle Nze Minko adapte ses entraînements à ses cycles depuis 2019 seulement. En 2020,...

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Sage-femme échographiste : et si c’était pour moi ?

Encore trop de patientes ne savent pas que les échos peuvent se faire auprès de la sage-femme. Pourtant, les cabinets ne désemplissent pas. En 2024, on estime qu’il y avait 10,9 %1 de sages-femmes échographistes parmi l’ensemble des sages-femmes libérales, soit environ 892 professionnelles2 en France. L’URPS Île-de-France juge qu’il s’agit d’un profil très rare.  En effet, cela paraît peu, mais leur activité est colossale : en 2024 toujours, elles ont réalisé 1 522 080 actes3 CCAM d’échographies obstétricales et gynécologiques. C’est 325 % d’actes de plus qu’en 2017 ! En seulement sept ans, le nombre d’échographies par maïeuticienne libérale est passé de 62 à 186. Et c’est sans compter toutes les salariées qui exercent en centres de santé. Comment l’expliquer ? Opportunités et soif de découverte Sophie Escobar, présidente du Conseil national professionnel de maïeutique, est sage-femme depuis 1998, et échographiste depuis 2001. Pour elle, c’est l’excellence de la formation des sages-femmes qui est le moteur de cette croissance : « Les échographies gynécologiques et obstétricales étaient essentiellement réalisées par les gynécologues-obstétriciens et les radiologues. Depuis 2022 que les sages-femmes sont engagées pour 43 % dans le dépistage (source Cnam 2022), notre sinistralité reste très faible, tout comme le taux de fraude ».  Pia Laborde exerce à Bordeaux. Elle invoque le peu de consultations d’échographie en maternité, les sages-femmes hospitalières étant occupées aux postes en salle de naissance et hospitalisation : « Si ça continue comme ça, les échographies vont être de plus en plus faites en ville. Celles de référence seront gardées par les gynécologues hospitaliers, et toutes celles de dépistage seront effectuées dans nos cabinets. » Elle le constate déjà au quotidien : « C’est sûr qu’on ne manque pas de travail ! En plus, le CHU nous fait confiance. »  Il y aurait donc une place à prendre pour toutes celles qui souhaiteraient se lancer dans le dépistage échographique de premier recours.  Au-delà, si de plus...

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Le moratoire sur les fermetures de maternités est-il nécessaire ? 

En recevant l’annonce de la fermeture provisoire de la maternité de Guingamp, courant avril 2023, Yann Fañch, membre du comité de défense de l’hôpital, ne s’attendait pas à ce qu’elle soit encore fermée deux ans plus tard. « Tous les trois, quatre mois, on nous annonce la prolongation de cette fermeture provisoire », dénonce-t-il en soupirant. Il se pourrait donc, que d’ici peu, la maternité de cette petite ville bretonne qui réalisait 497 accouchements par an soit condamnée à fermer ses portes pour toujours. Car la France est championne depuis plusieurs décennies de ces arrêts de fonctionnement. 40 % des maternités françaises ont fermé leur porte depuis les années 2000.  Le droit de voir naître ses enfants  Guingamp, la ville la plus pauvre de Bretagne, a perdu le droit de voir naître ses enfants. D’autres territoires similaires ruraux ou périurbains ont également fermé leur maternité. La plupart ont des caractéristiques comparables à celles de Guingamp sur le plan socioéconomique, comme des taux de chômage ou de pauvreté supérieurs à la moyenne nationale. Les populations y sont fréquemment confrontées à des difficultés d’accès aux transports en communs ou à la voiture. Pourtant, les instances de santé mènent des campagnes pour regrouper les accouchements dans des services de niveau 2 ou 3, dans de plus grandes villes à proximité… ou presque.  À proximité… ou presque De nombreuses personnes se retrouvent désormais contraintes de conduire plus de 45 minutes pour pouvoir accoucher à l’hôpital. Un choix de restructuration de l’offre de soin appuyé par l’Académie de médecine qui préconisait en 2023 de « fermer les maternités réalisant moins de 1 000 accouchements par an », soit 111 d’entre elles. « Toutes ces données nous ont interpellés », raconte Sébastien Leurquin, coauteur avec -Anthony Cortes de 4,1, Le Scandale des accouchements en France (ed. Buchet-Chastel). Dans ce livre enquête, les deux journalistes partent d’un chiffre...

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Avec les sages-femmes de la Réserve sanitaire

Niché derrière un grand étang au-dessus duquel s’élève une brume envoûtante au petit matin, un corps de ferme charmant en pierres grises. Un gîte de France ?  Les tentes blanches érigées sur la parcelle et les silhouettes revêtues d’un même gilet blanc détonnent. Nous sommes en réalité dans un tout autre endroit, plutôt confidentiel : un camp de formation de cinq jours de la Réserve sanitaire. Nous resterons donc discrets quant à sa localisation… Pour cette session, ils sont 66, une grande promotion ! Médecins, urgentistes, infirmiers, pharmaciens, secrétaires médicaux… et sages-femmes. Tous prêts à tester leurs limites pendant une petite semaine, avec des exercices de mise à l’épreuve, de gestion des situations de crise et de l’imprévu. « On a tous envie de bouger, de voir comment ça se passe ailleurs », observe Alice Charbonnel, maïeuticienne hospitalière.  « C’est vrai qu’on aimerait bien partir tout de suite. Si à la fin de la semaine, on nous disait “on y va”, je pense qu’on irait tous ! » renchérit Anne Bord-Batany, sage-femme clinicienne. Une envie d’exercer son métier avec passion et de partir en mission les anime. Leur engagement volontaire témoigne aussi d’un acte citoyen fort pour la santé de tous. La Réserve sanitaire, c’est quoi ?  Créée en 2007 suite à l’épidémie de chikungunya à la Réunion, gérée par Santé publique France (SPF), la Réserve sanitaire, c’est une communauté de professionnels issus de tous les secteurs de la santé (médical, paramédical et logistique), qui se portent volontaires pour être dépêchés par l’État français sur les lieux de crise sanitaire à tout moment. La France serait le seul pays au monde à en être dotée.  « Les soignants sont habitués à soigner en sécurité. Cela n’est pas forcément le cas en mission » prévient Philippe Segura. « Ils ne sont pas soumis à une rigueur militaire, mais ils rejoignent une organisation structurée,...

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Maison Simone : un espace santé et bien-être pour les femmes ménopausées

Maison Simone est un nouveau lieu toulousain dédié à la ménopause. « C’est une maison qui a été rafraîchie aux goûts du jour, à la décoration sophistiquée et simple, elle ne ressemble pas à une structure de santé. La salle à manger a été transformée en salle d’attente, mais on a l’impression d’être reçue chez une amie. Je me suis sentie accueillie et bienvenue », raconte Delphine, 52 ans. Cette habitante de Blagnac a poussé les portes de Maison Simone quelques semaines après l’ouverture du lieu, début juin. « Une aubaine » pour elle. « Je commençais depuis plusieurs années à ressentir des symptômes de la ménopause, mais je n’ai pas réussi à trouver d’écoute de la part de mon gynécologue surchargé, ni du côté de ma jeune médecin généraliste. J’ai voulu prendre un rendez-vous au CHU de Toulouse pour ses consultations spécialisées, mais impossible de les joindre, il y a trop de demandes », raconte-t-elle, soulagée d’avoir pu avoir accès rapidement à une consultation en gynécologie à Maison Simone. Situation similaire pour Pascale, 48 ans : « Je parlais de mes symptômes à mon gynécologue qui minimisait en me disant que c’était le lot d’être une femme de vivre avec ces problèmes. A Maison Simone, on m’a prise au sérieux et prescrit un bilan hormonal. » Un accès à des consultations spécialisées La création de Maison Simone répond à un besoin qui commence à être davantage visibilisé ces dernières années. « En échangeant régulièrement avec des soignants et des patientes, je me suis rendu compte qu’il y avait un réel manque de prise en charge lors de la ménopause et que les femmes étaient souvent un peu perdues à cette période de leur vie », a remarqué Marie-Pierre Bisaro, fondatrice de Maison Simone. Elle entrait dans la cinquantaine lorsqu’elle a commencé à penser à ce projet. « En discutant avec d’autres...

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Comment dépister et accompagner les femmes victimes de violences ?

Assise sur la table de consultation, la patiente a une brûlure dans le dos. « J’ai lâché ma bouilloire », assure-t-elle à sa sage-femme. Cette sage-femme, c’est Claire Laval, plus jeune de quelques années. Ne sachant que dire, que faire, elle n’ose poser plus de questions. Elle sent bien pourtant que ce n’est pas cohérent.  Aujourd’hui, Claire Laval ne réagirait plus de la même manière. Elle est désormais directrice de la Maison de soie à Brive et a intégré le réseau périnatalité Nouvelle-Aquitaine (RPNA) où elle intervient dans le champ des violences faites aux femmes. Avec Sabine Borel, sage-femme à l’hôpital de Bayonne, elles forment, mettent des outils à disposition et font du lien pour que tous les professionnels apprennent à mieux comprendre, repérer et orienter les victimes, y compris les sages-femmes et notamment pendant la grossesse.  Poser la question Sabine Borel rappelle les trois notions clés pour une telle prise en charge : savoir, savoir-être et savoir quoi en faire. « Savoir, c’est se former pour comprendre pourquoi et comment on en arrive là. Dépasser la question qui vient d’emblée : “pourquoi elle reste ?”Ou “elle est déjà partie une fois, alors pourquoielle revient ?” », explique-t-elle.Elle ajoute : « Savoir, c’est comprendre les mécanismes d’emprise et les stratégies mis en place par l’auteur. » Claire Laval rappelle par exemple que les femmes font en moyenne sept allers–retours avant de quitter définitivement leur domicile.« Le savoir-être, reprend Sabine Borel, c’est savoir adopter la bonne posture : on n’est pas là pour être le grand sauveur, ni pour stigmatiser. » Enfin, le savoir quoi en faire consiste à réagir en adéquation avec la situation : faut-il appeler la police ? Faut-il l’orienter vers des associations ?  Tout commence par le dépistage. Les recommandations — à commencer par celles de la Haute Autorité de santé (HAS) qui existent depuis 2020 – préconisent de poser la question systématiquement. Des outils existent...

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Construire la confiance, pas à pas : quand la sage-femme devient point d’ancrage

Dans les parcours cabossés par la précarité, les violences ou l’exil, les sages-femmes sont souvent les premières à briser l’isolement. « On entre dans leur intimité, on voit dans quel état est leur logement, on mesure leurs difficultés », raconte Julie Chateauneuf, sage-femme à Montreuil, en Seine-Saint-Denis, qui accompagne également des femmes migrantes ou en situation de précarité. Elle insiste sur l’importance du lien humain : « Avant de pouvoir parler de contraception ou d’allaitement, il faut déjà qu’elles aient mangé, qu’elles se sentent en sécurité ».  Pour ces femmes qui vivent dans l’errance administrative, la peur du rejet ou le traumatisme d’un parcours migratoire, la sage-femme est parfois la seule figure professionnelle qui ne les juge pas. Certaines patientes n’ont jamais eu de suivi médical ou n’osent plus consulter. Julie Chateauneuf précise : « Il faut expliquer qu’on n’est pas là pour dénoncer, qu’on est tenues au secret professionnel. » Un engagement de terrain au plus près des femmes Dans ces contextes de grande précarité, certaines sages-femmes exercent au sein de structures associatives comme l’ADSF (Agir pour la santé des femmes), qui intervient auprès de femmes sans logement ni couverture sociale. Les consultations ont lieu dans des camions aménagés, des foyers ou même l’espace public. L’objectif dépasse le soin : repérer les souffrances silencieuses et offrir une présence humaine continue. Pour Morgane Revel, sage-femme coordinatrice du staff médicopsychosocial à la maternité Paris Saint-Joseph, la première consultation est décisive. « C’est souvent là qu’elles posent leur histoire. On leur demande si elles ont vécu des violences, si elles ont un logement. Elles se livrent plus qu’on ne le croit. » Ces instants de partage permettent parfois de poser les jalons d’un nouveau départ. Une -parole confiée devient un fil d’Ariane. « Lors d’un premier rendez-vous, une patiente a éclaté en sanglots quand je lui ai simplement demandé comment elle allait. C’était la...

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Comment expliquer que les violences augmentent pendant la grossesse ? Décryptage

Avez-vous déjà imaginé un homme asséner des coups dans le ventre rond de sa compagne ? Image perturbante, n’est-ce pas ? Elle ne colle pas avec celle que l’on se fait d’une grossesse. Pourtant, une femme sur dix déclare subir des violences pendant cette période (les chiffres varient entre 2 et 20 % selon les études internationales). Pour 40 % d’entre elles, ces violences débutent avec la grossesse.  La réalité est encore plus complexe. « La grossesse n’est pas un déclencheur de la violence », assure Mathilde Delespine, sage-femme spécialisée dans la santé des femmes vulnérables et co-responsable des unités de soins à la maison des femmes Gisèle-Halimi de Rennes. La violence est déjà là avant, mais elle peut s’intensifier ou de nouvelles formes peuvent apparaître. « Par exemple, des violences physiques peuvent surgir pour la première fois lors de la grossesse, sur un terrain préparé en amont. Il y avait des violences psychologiques telles que de la dévalorisation, des attaques narcissiques, de l’isolement, etc. », -détaille-t-elle.  Une domination perturbée, du point de vue de l’agresseur  « L’agresseur peut ressentir une sorte de concurrence avec le bébé, explique Mathilde Delespine. Il a mis en place plusieurs processus de domination et l’arrivée du tiers peut être difficile à supporter parce qu’il n’est plus mis au premier rang. » Les personnes violentes présentent « beaucoup d’immaturité psychique avec une grande intolérance à la frustration », selon la sage-femme. Il arrive que leur partenaire, une fois enceinte, « ait envie d’être de nouveau plus en lien avec ses proches ou bien qu’elle se fixe de nouvelles limites ». Elle va peut-être se reposer davantage, réaliser moins de tâches, ce qui va perturber son agresseur et peut déclencher les violences.  L’agresseur peut s’en prendre à ce qui représente l’arrivée prochaine du bébé, par exemple « avec des coups sur le ventre ou en s’attaquant à la matrice : il inflige...

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