Pourquoi sage-femme ?
Je ne crois pas que l’on fasse ce métier par hasard. Dans mon cas, tout s’est joué quand j’avais 14 ans, à la naissance de mon petit frère. J’étais à la maternité, auprès de ma mère, quand une sage-femme est entrée dans la chambre et a simplement demandé : « Est-ce que vous avez besoin de quelque chose ? » Allez savoir ce qui s’est passé dans ma tête, je me suis dit : « C’est ça, je veux être sage-femme ! » C’est dingue, parce que cette dame n’avait rien fait ni rien dit d’extraordinaire. Un coup de foudre mystérieux, en somme, pour un métier dont j’ignorais tout.

Vous n’avez jamais douté ?
Si. En première année de médecine, c’était si difficile que je me suis interrogée : « J’espère que je ne fais pas tout ça pour une lubie. »
Ensuite, lorsque j’ai eu médecine, un autre doute est arrivé : puisque j’avais le choix, pourquoi ne pas devenir médecin ? J’avais malgré moi l’impression qu’être sage-femme, c’était peut-être un peu en-dessous, simplement parce que les études étaient plus courtes et le champ de compétences plus étroit. J’avais le sentiment que j’allais me fermer des portes. C’était une idée reçue, je sais, mais qui m’a fait vaciller un temps.
Qu’est-ce qui vous a décidé ?
Une phrase libératrice. Pendant un stage que j’ai choisi d’effectuer pour mûrir mon projet, un médecin m’a dit : « C’est sûr que si tu choisis sage-femme, tu vas te fermer des portes. Mais en même temps, libre à toi d’être une sage-femme experte. » Ça a été décisif. Je me suis dit : « Je vais faire sage-femme, c’est ce que je veux depuis toujours. Et je deviendrai une sage-femme experte ! »
Une sage-femme aussi a de nombreux champs d’expertise possibles. Libre à chacune d’être la sage-femme qu’elle souhaite.
Vous avez récemment pris la parole sur les réseaux sociaux, précisément à ce sujet…
Oui, j’ai été choquée par des prises de position de syndicats de médecins qui rendaient les sages-femmes responsables de l’augmentation de la mortalité périnatale, ou du retard de diagnostic de l’endométriose. C’est archi-faux. Les données scientifiques ne montrent pas de lien de causalité entre la place croissante des sages-femmes et ces mauvais résultats. J’ai décidé d’intervenir pour rappeler que les sages-femmes ont, elles aussi, des expertises, nombreuses. Ce ne sont pas celles des médecins et l’inverse est aussi vrai. Si les chiffres se dégradent, ce n’est pas parce que les sages-femmes prennent plus de place : c’est parce que le système va mal et que nous collaborons mal. Alors, plutôt qu’opposer nos professions, essayons de collaborer efficacement.
Écouter ici la réaction de Marion Vallet face aux communiqués de l’UFML-S et du Syngof
D’accord ! Vos études de sage-femme ont confirmé votre vocation précoce ?
Les premiers jours à l’école de sages-femmes de Tours, on faisait des travaux pratiques sur… comment faire un lit. J’avoue qu’après une première année de médecine, je me suis demandé ce que je faisais là. Cela m’a vraiment fait douter. Notre enseignante nous a même demandé le premier jour si nous savions prendre des notes ! Mais très vite, j’ai retrouvé du sens dans le contenu de notre formation hospitalo–universitaire. J’ai aimé l’alternance entre les cours et les stages, le contact avec le terrain, et j’ai eu la chance d’évoluer dans un environnement plutôt bienveillant même si je n’étais pas forcément une étudiante modèle.

Objectif bébé,
Cycle, ovulation, fécondation… Comment vous donner toutes les chances de tomber enceinte, paru aux Éditions Larousse le 15 avril 2026
Vous avez fait vos débuts à Belfort ?
Du fait du travail de mon mari, nous avons été parachutés à Belfort. J’y ai d’abord fait des remplacements en libéral, puis j’ai travaillé en maternité de niveau 1, en salle de naissance et en suites de couches. Cette expérience a été très constructrice. Seule en salle de naissance, la sage-femme doit tout assurer : urgences gynécologiques, surveillance du travail et de l’accouchement, réanimation néonatale en l’absence du pédiatre (pas sur place) et parfois même pré-annonce d’arrêt de grossesse ou MFIU. Aucun des médecins n’étant sur place la nuit, nous étions obligées de prendre certaines décisions pour gagner du temps.
Puis la maternité a été suspendue, rouverte, de nouveau suspendue, avant que l’ARS ne décide finalement de la fermer définitivement. Nous nous sommes retrouvées au chômage. J’ai alors pris des vacations dans une maternité de niveau 2.
À ce moment-là, j’étais aussi maire adjointe à Belfort (en charge de l’état civil et des cimetières : un hasard ?), ce qui prenait énormément de temps. Ensuite, nous avons déménagé à Lille, où j’ai ouvert mon premier cabinet.

Vous vous êtes spécialisée très tôt dans l’observation du cycle, pourquoi ?
Parce que j’avais le sentiment qu’il manquait quelque chose à notre formation. Pendant les études, tout ce qui relevait des méthodes naturelles était présenté comme totalement dépassé, ringard et non scientifique. On nous parlait de « contraception de grand-mère », de méthodes « qui avaient rendu possible le baby-boom ». Ça faisait rire. Mais, à titre personnel, je ne voulais pas prendre de contraception hormonale, alors j’ai quand même cherché. Étrangement, les associations qui formaient à ces méthodes n’étaient pas issues du monde médical. Pourquoi un sujet aussi important en était-il exclu ? En creusant, j’ai découvert une littérature très riche et des équipes de recherche scientifique très actives. C’est ainsi que ma passion est née.

« On nous parlait de contraception « de grand-mère », de ces « méthodes qui avaient rendu possible le baby-boom ». Ça faisait rire »
Vous avez commencé par la méthode Billings
Oui, c’est une méthode fondée sur l’observation du cycle féminin et l’identification des périodes de fertilité grâce au suivi de la glaire cervicale. On nous parle assez peu du cycle féminin pendant nos études, et encore moins de la glaire cervicale. C’est absurde. À mes débuts dans ce métier, ce manque de connaissances m’empêchait de comprendre les troubles du cycle, les déséquilibres hormonaux, plus largement la réalité du corps des femmes. J’ai voulu y remédier, même si j’avais parfois l’impression d’être un ovni. C’était une passion presque inavouable, dont je parlais peu. J’éprouvais une forme de honte à reconnaître que je m’intéressais à ce qu’on nous avait déconseillé pendant nos études.
Quand avez-vous compris que ce sujet parlait aussi à d’autres sages-femmes ?
Assez vite. Pendant ma première grossesse, à Belfort, la sage-femme qui me suivait s’est montrée curieuse lorsque je lui ai dit que j’utilisais une contraception naturelle. Puis la sage-femme présente lors de mon accouchement — qui était alors présidente du Conseil de l’Ordre — m’a, elle aussi, posé des questions.
Quelques mois plus tard, elle m’a invitée à intervenir lors d’une journée consacrée à la contraception. J’étais terrorisée. Dans ma tête, j’étais encore l’extraterrestre, avec mon sujet si décrié : j’allais droit au casse-pipe. Et puis, à la fin de mon intervention, au lieu des critiques que j’attendais, j’ai entendu des sages-femmes me dire : « Ah oui, c’est intéressant. Pourquoi pas pour les femmes et les couples qui sont motivés ? »
La remise en question de la contraception hormonale commençait déjà ?
Oui, elle commençait. Nous étions en 2015-2016. Les études sur les effets indésirables potentiels existaient déjà, mais on n’en était pas encore au rejet massif qui a suivi. À vrai dire, pendant mes études, j’entendais déjà des femmes décrire des maux de tête, une baisse de libido, de la sécheresse, des variations d’humeur… et on leur répondait invariablement : « Ce n’est pas la pilule ! » Il y avait une véritable chape de plomb sur le sujet. Il a fallu que la presse s’en empare pour que les professionnels de santé se remettent vraiment en question. À leur décharge, tant que la science ne s’était pas prononcée, il était difficile de répondre : « Oui, vous avez raison. » Mais ces mêmes professionnels de santé se sont retrouvés de plus en plus souvent confrontés à des patientes qui leur disaient : « Moi, je ne veux plus d’hormones, je veux autre chose. Je ne veux pas de stérilet, parce que j’ai eu une mauvaise expérience. Ma copine a eu ceci, ou bien je ne veux pas de corps étranger. Et en plus, on ne veut pas utiliser de préservatif, parce que ça fait dix ans qu’on est ensemble et qu’on ne va quand même pas revenir au préservatif. » Bref, dans ces cas-là, on fait comment ?
Vous ne rejetez pourtant pas la pilule
Non. Je ne nie absolument pas ce qu’elle a représenté en matière de liberté. Cela étant dit, certaines femmes disent aussi aujourd’hui qu’elle a pu avoir un revers : celui de rendre leur corps « disponible » en permanence. Pour certaines, dans certains contextes conjugaux, l’absence de risque de grossesse a pu se transformer en injonction implicite à être toujours disponibles sexuellement. C’est un son de cloche que l’on entend parfois et qui n’est pas dépourvu d’intérêt. Bref, je pense qu’il faut sortir des visions trop binaires. Tout n’est ni tout blanc, ni tout noir. Mais force est de constater qu’aujourd’hui de nombreuses femmes ne veulent plus de contraception « médicale » et nous devons les écouter, les comprendre, les conseiller.

Marion Vallet est régulièrement invitée à intervenir lors de congrès et conférences © D.R.
C’est à cette période que vous êtes devenue formatrice ?
Oui, presque malgré moi. Après ma première intervention lors d’une journée du Conseil de l’Ordre, l’association Asincoprob m’a invitée à animer une soirée sur la méthode Billings. À la fin, une sage-femme de plus de 50 ans, ménopausée, m’a dit quelque chose de très fort : « Moi, je suis scandalisée ! Je me rends compte que tout ce dont tu nous as parlé, ces signaux du corps que les femmes peuvent observer, eh bien moi, je ne pourrai jamais les observer, parce que je suis ménopausée. » Puis elle a ajouté : « On nous a volé un savoir ! » Cette phrase résonne encore en moi. J’avais moi-même le sentiment d’avoir découvert très tard un champ qui aurait dû faire partie de notre formation. Après cette soirée, plusieurs sages-femmes m’ont dit : « Il faut nous former ! » C’est ainsi que je suis entrée dans la formation, presque sans le vouloir.

Marion Vallet est régulièrement invitée à intervenir lors de congrès et conférences © D.R.
Qu’entendait-elle par ce « savoir volé » ?
Je pense que ces connaissances existaient autrefois et circulaient entre sages-femmes, avant l’arrivée de la contraception médicale. Puis la pilule est arrivée, avec ce qu’elle représentait de liberté et d’émancipation. Elle répondait à un besoin immense. Les professionnels se sont adaptés, mais tout ce qui l’avait précédée a été relégué, comme devenu obsolète. Pour certaines méthodes, Ogino, par exemple, c’était justifié. Mais on a fini par balayer avec elles tout un pan de connaissance fine du cycle féminin. La génération de nos mères s’est battue pour la contraception hormonale, qui a été accueillie comme une liberté conquise d’arrache-pied. Ma génération, elle, est arrivée dans un monde où cette contraception existait déjà, nous n’avons pas eu besoin de militer pour y avoir accès. Nous nous autorisons donc davantage à la questionner. Ajoutez à cela la médiatisation des effets indésirables et une conscience écologique plus forte, et cela crée un contexte dans lequel certaines femmes disent : « J’en veux plus ». Dans les faits, on observe une baisse progressive de l’usage de la pilule, même si une partie se reporte sur le SIU.

« Moi, je suis scandalisée ! Je me rends compte que tout ce dont tu nous as parlé, ces signaux du corps que les femmes peuvent observer, eh bien moi, je ne pourrai jamais les observer, parce que je suis ménopausée.
On nous a volé un savoir ! »
Sage-femme, s’exprimant après une intervention
de Marion Vallet
Pourquoi être allée étudier en Italie ?
J’ai suivi un master en fertilité et sexualité, dont une partie se déroulait en France et l’autre en Italie. À Rome, il existe un hôpital doté d’un service dédié à la fertilité, à la contraception naturelle et à la prise en charge des couples confrontés à des difficultés de fertilité. Mais avec une approche dans laquelle la femme commence d’abord par observer son cycle. Ce n’est qu’ensuite que la fertilité du couple est prise en charge de manière plus globale avec une grande place pour le mode de vie. En France, on bascule beaucoup plus vite vers la médicalisation et la PMA. Or, avant d’en arriver là, il y a souvent tout un travail de compréhension à mener.
Pourquoi insistez-vous autant sur l’observation du cycle ?
Parce qu’une femme qui observe son cycle accède à une compréhension très fine de ce qui lui arrive. Pour moi, cette méthode présente un grand intérêt à quatre niveaux : la contraception, le désir d’enfant, la connaissance de soi et l’aide au diagnostic pour le professionnel de santé. Ce dernier point est d’ailleurs devenu central à mes yeux aujourd’hui. Une patiente qui note, jour après jour, ce qui se passe dans son cycle, donne au soignant une grille de lecture précieuse, un puissant outil sémiologique. Sans cela, on travaille à l’aveugle.

Partir travailler avec le sourire © D.R.
Concrètement, que demandez-vous à vos patientes ?
D’observer et de noter ce qu’elles voient dans un tableau, un cahier ou sur une application. Je leur explique que, de la même manière qu’un cardiologue a besoin d’un Holter tensionnel sur 24 heures, ou qu’un diabétologue s’appuie sur un relevé glycémique quotidien, moi, j’ai besoin de savoir ce qui se passe entre deux périodes de règles. Cela prend moins d’une minute par jour. La glaire cervicale suffit souvent comme indicateur principal. On peut y ajouter la température — c’est la symptothermie — mais je commence généralement de façon simple, pour ne pas transformer cela en charge mentale.
L’auto-observation reste subjective, non ?
Oui, bien sûr. Ce que dit la science, c’est que, bien que subjective, cette interprétation, quand la femme a été formée, est extrêmement fiable. C’est là que la sage-femme a un rôle à jouer, dans l’information et la formation des femmes.
Ces méthodes sont-elles vraiment efficaces ?
Il faut toujours revenir à la littérature scientifique. En matière de conception, les études montrent qu’une femme qui observe son cycle double quasiment ses chances de grossesse1,2, parce que le couple cible la « phase fertile » au lieu d’avoir des rapports au hasard. Pour la contraception, en usage courant — c’est-à-dire dans la vraie vie, et non dans les conditions d’une utilisation parfaite — l’association de l’observation de la glaire cervicale et de la prise de température atteint, selon une étude reprise par l’OMS3, une efficacité de 98 %4. À titre de comparaison, la pilule est évaluée à 93 % en usage courant. En revanche, les méthodes fondées sur la seule observation de la glaire ne disposent pas encore, à ce jour, d’études jugées suffisamment robustes (puisque prospective) pour être comparées aux autres.

« Une femme qui observe son cycle accède à une compréhension très fine de ce qui lui arrive »
C’est ce qui vous a amenée vers la symptothermie ?
Oui. Je suis passée de Billings à la symptothermie par souci de robustesse scientifique. Mon objectif n’est pas de défendre une croyance, mais de transmettre ce qui repose sur des données solides.
Votre travail sur le cycle vous mène aussi sur le terrain de la santé psychique ?
Oui, bien sûr. Une femme qui souffre d’un syndrome prémenstruel à dominante dépressive peut venir me consulter pour cela. Elle n’est pas en dépression permanente et donc ne relève pas d’une prise en charge psychiatrique. Chez la femme, lorsqu’une problématique revient de manière cyclique, il faut évidemment interroger le fonctionnement hormonal. Son impact sur les symptômes physiques comme psychiques est immense. Moi, j’aime faire des liens et je ne suis pas du genre à « lâcher l’affaire tant que je n’ai pas trouvé ». Je m’intéresse beaucoup à l’endocrinologie, par exemple.
Mon rôle consiste à recueillir les symptômes, à repérer s’ils ont un lien avec les hormones et, lorsque celles-ci me semblent dysfonctionnelles, à explorer par des analyses biologiques pour ensuite orienter vers le médecin traitant ou l’endocrinologue pour une prise en charge adaptée.
Ces hormones dysfonctionnelles peuvent être à la source de problèmes de fertilité ?
Tout à fait. Entre la pleine santé et la maladie déclarée, il existe une immense zone intermédiaire, une « zone grise » que peu de professionnels prennent réellement en charge. C’est cette « zone grise » qui m’intéresse. On ne peut pas toujours y poser un diagnostic d’emblée, mais cela ne signifie pas qu’il ne se passe rien. À force de dire : « C’est pas grave, c’est les hormones », on risque de laisser l’état de la patiente se dégrader, jusqu’à ce qu’elle tombe réellement malade. On aurait peut-être pu éviter d’en arriver là si l’on s’était occupé plus tôt de cette « zone grise ». C’est vrai aussi en matière de fertilité. Le principal trouble hormonal chez la femme est l’hyper-oestrogénie. Elle donne des symptômes à court terme : ménométrorragies, règles douloureuses, caillots, cycles courts, cycles longs, … autant de « red flags » qu’il faut écouter car une femme en hyper oestrogénie au long court est à risque de dysplasie voire de métaplasie.

« Entre la pleine santé et la maladie déclarée, il existe une immense zone intermédiaire, une « zone grise » que peu de professionnels prennent réellement en charge. C’est cette « zone grise » qui m’intéresse. »
Vous avez créé l’Institut de formation à la fertilité, racontez-nous comment…
Vite, et sans plan de départ. Je pensais donner une formation, puis passer à autre chose. Mais le bouche-à-oreille a été fulgurant. On m’a demandé de venir former à Paris, à Nantes, à Lyon… Puis la Covid est arrivée : j’ai tout basculé en ligne, et cela a encore accéléré le mouvement. On m’a alors demandé la suite, puis d’intervenir sur d’autres thèmes liés : l’alimentation, la phytothérapie, l’aromathérapie… J’ai rencontré d’autres formatrices, je leur ai proposé de rejoindre l’aventure, et aujourd’hui l’Institut propose une quarantaine de formations. Nous formons majoritairement des sages-femmes, mais aussi des médecins, des kinésithérapeutes, des pharmaciens, des infirmiers, des diététiciens… selon les thématiques des formations.
L’an dernier, nous avons formé près de mille professionnels. Et cela augmente chaque année. J’ai aussi co-créé, avec des sages femmes et des médecins, l’association Focus Fertilié. Depuis deux ans nous avons élaboré un programme de cours que nous proposons aux écoles de sages femmes. Elles sont de plus en plus nombreuses à l’intégrer dans leur cursus
Vous aviez anticipé ce succès ?
Pas du tout. J’avais contacté des organismes de formation déjà existants pour leur proposer d’héberger mon programme. Ils ne m’ont jamais répondu. J’ai donc fait les démarches moi-même, obtenu un numéro de formateur, et créé mon propre organisme. Mais si on m’avait dit il y a dix ans que cela prendrait cette ampleur, je ne l’aurais jamais imaginé.

Marion Vallet, fondatrice de l’Institut de Formation à la fertilité
© D.R.

Vous avez investi les réseaux sociaux
Oui, surtout Instagram. J’y publie très régulièrement, environ tous les deux jours. Je fais cela très simplement, avec mon téléphone, chez moi. Au début, mes sœurs me disaient : « Mais attends, t’as vu la tête que t’as ? Il faut te maquiller, il faut mettre une lampe ou je ne sais pas quoi. » Mais j’aime mieux rester authentique. Quand j’ai quelque chose à dire, je le dis sans détours. Si je n’ai rien à dire, je me tais. Je ne gagne rien avec ce compte, ce n’est pas l’objectif. Comme pour mes livres, je le fais parce que j’ai envie de mettre ces informations à disposition.
Vous êtes aujourd’hui installée à Paris. Cela change-t-il quelque chose ?
Oui, beaucoup. Entre Belfort, Lille et Paris, la sociologie des patientes n’a rien à voir. À Belfort, certaines femmes arrivaient avec leur papier de la Sécurité sociale pour leur frottis et ne comprenaient pas forcément pourquoi je leur posais des questions plus larges sur leur santé. À Paris, elles arrivent souvent avec un gros dossier médical, elles ont parfois déjà vu cinq spécialistes et cherchent un sixième avis avant de se décider. Je caricature, mais c’est un peu cela. Sur le plan professionnel, être à Paris permet aussi de faire des rencontres ; c’est une source d’opportunités.
La souffrance des couples confrontés à l’infertilité est-elle présente dans votre pratique ?
Oui, c’est un sujet très lourd. Je vois des couples dans une véritable impasse, qui entendent parfois des phrases très dures, du type : « On ne va pas faire de miracle à 40 ans. »
Ou bien : « Ah ben non, maintenant, ce n’est plus la peine de se tourner vers la médecine. » Ou encore : « Votre taux n’est pas bon, donc on ne fera rien pour vous. » Beaucoup pensent que la médecine finira forcément par trouver une solution. Or, ce n’est pas toujours le cas. En PMA, un peu plus d’un couple sur trois parvient à avoir un enfant. Certains ne le mesurent pas au départ.

Dans son précédent livre, Cycle féminin au naturel, paru chez Leduc en 2022, M. Vallet proposait un guide complet pour comprendre le cycle féminin et connaître les MOC (Méthodes d’observation du cycle) telles que la méthode Billings, la symptothermie et la méthode MAMA.
Vous adressez des couples vers la PMA ?
Bien sûr lorsqu’ils le souhaitent. Mon rôle de sage-femme se situe dans l’année qui précède le diagnostic d’infertilité. Si au bout d’un an d’essai avec observation du cycle, le couple n’obtient pas de grossesse, la situation devient pathologique et je dois alors adresser à des médecins. C’est ma limite de compétence et je n’ai aucun problème avec ça. Adresser ne veut pas dire stopper tout le suivi. Les femmes et les couples reviennent souvent me voir pour la partie « suivi de cycle ».
Quid de la consultation préconceptionnelle ?
J’y crois beaucoup. Je pense qu’il faut voir les couples dès le début de leur projet de grossesse, avant même qu’une difficulté n’apparaisse. C’est à ce moment-là que l’on peut repérer certains leviers d’action, qu’il s’agisse de l’état de santé, de l’hygiène de vie, des antécédents ou des facteurs de risque. Car le mode de vie compte beaucoup : l’alimentation, le sommeil, l’activité physique et la gestion du stress sont, pour moi, les quatre piliers essentiels à la pleine santé. Chez l’homme, j’ajoute la question de la chaleur testiculaire. Ensuite, j’explore les antécédents médicaux, chirurgicaux et familiaux, ainsi que les symptômes. Il m’arrive de poser des questions qui surprennent, sur les maux de tête, les douleurs musculaires ou articulaires, les troubles digestifs parce qu’elles peuvent orienter vers un terrain inflammatoire, une dysbiose etc.
L’infertilité vient-elle plus souvent de l’homme ou de la femme ?
C’est moitié-moitié. On peut résumer ainsi : un quart de causes féminines seules, un quart de causes masculines seules, un quart de causes mixtes et un quart d’infertilités inexpliquées. Dans la réalité, ce sont souvent les femmes qui portent la première charge des démarches. Alors même que le problème peut venir de l’homme.

« Si au bout d’un an d’essai avec observation du cycle, le couple n’obtient pas de grossesse [..], je dois alors adresser à des médecins. »
Vous menez plusieurs vies de front…
C’est vrai. Je suis carrément hyperactive (non diagnostiquée ;-) ). J’ai le cerveau en ébullition du matin au soir, avec toujours de nouvelles idées.
Mais j’ai aussi réduit les consultations à une journée par semaine, ce qui me permet de consacrer le reste du temps à l’écriture, aux formations, aux contenus sur les réseaux sociaux… Et à ma famille bien-sûr ! Et puis je suis profondément passionnée. Quand on est passionné, on travaille beaucoup sans difficulté. Mais je suis vigilante car j’ai frôlé le burn-out il y a quelques années. Notre profession y est particulièrement exposée car nous donnons tant pour nos patientes que parfois nous nous oublions nous-mêmes.
Votre nouveau livre, Objectif bébé, paraît chez Larousse. Comment est-il né ?
De manière très inattendue. Pour mon premier livre, j’avais commencé par écrire avant de chercher un éditeur. Leduc avait accepté de le publier. Pour celui-ci, c’est Larousse qui est venu me chercher. La directrice éditoriale m’a appelée pour me proposer ce projet, que j’ai accepté tout de suite. Le livre a été écrit avec la journaliste scientifique Caroline Michel, sous la forme de questions-réponses. Nous avons recensé 170 questions que les couples se posent lorsqu’ils se lancent dans un projet de grossesse ou lorsqu’ils rencontrent des difficultés. Nous y répondons de manière très concrète et donnons des outils de compréhension et de suivi de la fertilité.
Existe-t-il une « méthode Marion Vallet » ?
Non, et je n’en ai pas envie. Il existe déjà des méthodes efficaces, robustes, validées. Mon rôle n’est pas de baptiser quelque chose à mon nom, ou de m’approprier l’existant, mais de transmettre ce qui fonctionne et ce qui est scientifiquement solide.
Dans votre monde idéal, la pilule aurait disparu ?
Non. Je ne suis pas idéologue. Je pense que chaque femme doit pouvoir faire son choix en fonction de sa vie, de son rapport au corps, de ses besoins. En revanche, dans mon monde idéal, les femmes auraient accès à une information complète, claire, honnête, afin de choisir librement.
Interview réalisée par Stéphane Cadé
Retrouver Marion Vallet sur Linktree

Objectif bébé,
Écrit en collaboration avec Caroline Michel journaliste scientifique.
256 pages
Papier : 19,99 €
Ebook : 14,99 €
Sources :
(1) Augmentation des chances de grossesse grâce à la symptothermie : C. Gnoth, D. Godehardt, E. Godehardt, P. Frank Herrmann, G. Freundl, Time to pregnancy: results of the German prospective study and impact on the management of infertility, Human Reproduction, Volume 18, Issue 9, September 2003, Pages 1959–1966, https://doi.org/10.1093/humrep/deg366
(2) Etude de cohorte sur le taux cumulé de grossesse Wesselink AK, Rothman KJ, Hatch EE, Mikkelsen EM, Sørensen HT, Wise LA. Âge et fécondité dans une étude de cohorte préconçue nord-américaine. Am J Obstet Gynecol. 2017 Dec;217(6):667.e1-667.e8. doi: 10.1016/j.ajog.2017.09.002. Epub 2017 Sep 14. PMID: 28917614; PMCID: PMC5712257.
(3) Contraception et symtothermie (OMS) : https://cdn.who.int/media/docs/default-source/reproductive-health/contraception-family-planning/mechanisms-of-action-and-effectiveness-of-contraception-methods.pdf?sfvrsn=e39a69c2_1
(4) Contraception et symtothermie : https://www.questionsexualite.fr/choisir-sa-contraception/-ma-contraception-et-moi/tableau-comparatif-pour-vous-guider-dans-votre-choix-de-contraception
