Rythmes et besoins du nouveau-né et du nourrisson : pourquoi informer de manière « intensive » ?

Les enquêtes périnatales et les retours des usagères révèlent systématiquement un manque d’information sur les rythmes et besoins du nourrisson ainsi que des discours hétérogènes déstabilisants (1) (2) (3). Pourtant, ces sujets sont abordés en préparation à la naissance. Alors pourquoi et comment mieux informer pour mieux soutenir ?

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Pourquoi intensifier et repenser l’information ?

Les recommandations de la HAS précisent que les interventions prénatales ont peu d’impact sur le risque de dépression du post-partum, alors que des interventions intensives en postnatal ont un impact majeur (niveau de preuve 1) (4). Il est donc essentiel que les informations données en prénatal soient renforcées en post-partum, période où les parents sont plus réceptifs.

L’une des principales difficultés rencontrées en post-partum est la fatigue, touchant plus de neuf femmes sur dix (5). Une étude de Kurth a montré que la perception de « troubles du sommeil » chez le bébé est liée au risque de dépression du post-partum. À l’inverse, une information pré et postnatale améliore le sommeil maternel et diminue ce risque (6).

L’importance du soutien en allaitement

Selon l’enquête périnatale 2021, 15 à 18 % des mères estiment ne pas avoir reçu le soutien nécessaire. « … seulement 18% des mères estimaient avoir reçu tout le soutien dont elles avaient eu besoin. Une lacune fréquemment citée par les mères était le manque de clarté des informations sur la fréquence et la durée des tétées, et elles souhaitaient mieux savoir comment être sûres que leur bébé avait reçu assez de lait » (7). 

Le démarrage de l’allaitement joue un rôle clé dans sa poursuite (8) (9). Une bonne gestion de l’engorgement, notamment grâce à des tétées fréquentes et efficaces entre H0 et H72, est essentielle pour éviter des complications. Informer les mères sur les rythmes du nourrisson, les signes indiquant qu’il est prêt à téter, les risques du sommeil refuge et l’importance des tétées groupées est crucial, mais il est tout aussi indispensable que ces informations soient répétées en post-partum par tous les professionnels de santé (10) (11) (12).

Adapter l’information aux réalités des parents

Même lorsqu’elles sont informées en prénatal, les mères sont souvent déstabilisées par la « nuit de java », une période d’éveil intense du nouveau-né qui est pourtant un signe de bonne vitalité et de bonne adaptation. C’est également un facteur clé de la mise en place de l’allaitement. Les inquiétudes sur la faim du bébé ou la difficulté à tenir ce rythme montrent que les informations prénatales sont souvent oubliées à ce moment crucial, soulignant la nécessité d’une répétition en post-partum.

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Repenser la transmission de l’information

Il est essentiel de revoir la pédagogie en préparation à la naissance. Utiliser des approches interactives, engager les parents dans une réflexion active et diversifier les supports permettent une meilleure assimilation. En intégrant ces méthodes, les parents sont plus autonomes et retrouvent plus facilement les réponses à leurs questions en post-partum. 

Un exemple concret est l’accompagnement de la « nuit de java » : après une explication en prénatal, un rappel visuel créé par les parents eux-mêmes pourrait renforcer l’apprentissage. En postnatal, un message à J2 rappelant cette période de demande intense et soulignant son caractère normal et transitoire aiderait les parents à mieux la vivre. Ces rappels leur permettent d’anticiper, de se reposer en amont et de comprendre que ce comportement est un signe positif du développement du bébé.

Un accompagnement au-delà du post-partum immédiat

Les étapes clés du développement du nourrisson (pic de pleurs entre trois et six semaines, changements de mode d’endormissement entre quatre et huit mois, réveils nocturnes entre neuf et dix-huit mois) nécessitent un soutien régulier. Un accompagnement de qualité, bienveillant et sans jugement permet de traverser ces phases plus sereinement.

Le soutien intensif des familles ne doit pas s’arrêter aux premières semaines (13). Il constitue un levier essentiel pour la prévention de la dépression du post-partum, qui demeure l’une des principales causes de mortalité maternelle en France (14) (15). Parce que les mères et leurs bébés le méritent, parce que c’est une mission légitime des professionnels de santé et parce que c’est une recommandation nationale, intensifier et repenser l’information est une nécessité absolue.

Conclusion

Informer de manière intensive et répétée sur les rythmes et besoins du nourrisson est un enjeu majeur pour la santé maternelle et infantile. En adaptant les supports, en renforçant le suivi postnatal et en assurant une cohérence des messages délivrés, il est possible d’apporter un réel soutien aux familles et de prévenir efficacement les difficultés du post-partum.

Céline Dalla Lana

Céline Dalla Lana est sage-femme, consultante en lactation IBCLC, formatrice, autrice du livre Les secrets d’un allaitement réussi (Editions Frison Roche). 

Elle ne déclare aucun conflit d’intérêt avec l’industrie pharmaceutique, industrielle ou agroalimentaire.

Sources : 

1. CIANE – Collectif interassociatif autour de la naissance :: Ciane / EnquetePerinatalite [Internet]. [cité 18 juill 2022]. Disponible sur: https://ciane.net/wiki/pmwiki.php?n=Ciane.EnquetePerinatalite

2. Wagner S, Geay B, Humeau P, Thierry X, Charles MA, Lioret S, et al. // breastfeeding duration in France according to parents and birth characteristics. results from the elfe longitudinal french study, 201. 

3. Enquête nationale périnatale 2021 [Internet]. [cité 23 oct 2022]. Disponible sur: https://www.santepubliquefrance.fr/etudes-et-enquetes/enquete-nationale-perinatale-2021

4. HAS. Recommandations professionnelles. Préparation à la naissance et à la parentalité (PNP) [Internet]. 2005 [cité 18 juill 2022]. Disponible sur: https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/preparation_naissance_recos.pdf

5. Article – Bulletin épidémiologique hebdomadaire [Internet]. [cité 30 sept 2024]. Disponible sur: https://beh.santepubliquefrance.fr/beh/2014/27/2014_27_2.html

6. Kurth E, Spichiger E, Zemp Stutz E, Biedermann J, Hösli I, Kennedy HP. Crying babies, tired mothers – challenges of the postnatal hospital stay: an interpretive phenomenological study. BMC Pregnancy Childbirth. 13 mai 2010;10(1):21. 

7. Dietrich Leurer M, Misskey E. « Be positive as well as realistic »: a qualitative description analysis of information gaps experienced by breastfeeding mothers. Int Breastfeed J. 2015;10:10. 

8. Hillervik-Lindquist C, Hofvander Y, Sjölin S. Studies on perceived breast milk insufficiency. III. Consequences for breast milk consumption and growth. Acta Paediatr Scand. mars 1991;80(3):297‑303. 

9. Wagner EA, Chantry CJ, Dewey KG, Nommsen-Rivers LA. Breastfeeding concerns at 3 and 7 days postpartum and feeding status at 2 months. Pediatrics. oct 2013;132(4):e865-875. 

10. Chantry CJ, Nommsen-Rivers LA, Peerson JM, Cohen RJ, Dewey KG. Excess weight loss in first-born breastfed newborns relates to maternal intrapartum fluid balance. Pediatrics. janv 2011;127(1):e171-179. 

11. Cooke M, Sheehan A, Schmied V. A description of the relationship between breastfeeding experiences, breastfeeding satisfaction, and weaning in the first 3 months after birth. J Hum Lact Off J Int Lact Consult Assoc. mai 2003;19(2):145‑56. 

12. Stamp GE, Casanova HT. A breastfeeding study in a rural population in South Australia. Rural Remote Health. 2006;6(2):495. 

13. enseignementsup-recherche.gouv.fr [Internet]. [cité 31 oct 2023]. Bulletin officiel n°30 du 25 août 2011. Disponible sur: https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/fr/pid20536/bulletin_officiel.html?cbo=1&pid_bo=25575

14. Magnan G. Comprendre le suicide maternel. PSF. déc 2019;(261):16‑8. 

15. Richard-Guerrouj N. Mortalité maternelle : maladies cardiovasculaires et suicides en tête. PSF. fev 2021;(268).