Endométriose : une douleur ancienne longtemps enfermée dans les représentations du féminin

L’endométriose est souvent présentée comme une maladie récente. En réalité, ses symptômes — douleurs pelviennes intenses, règles très douloureuses, infertilité — sont décrits depuis longtemps. Dans The Conversation, Nadjib Mohamed Mokraoui, médecin épidémiologiste, rappelle que l’on en trouve des traces dans des papyrus médicaux égyptiens datant d’environ 1855 avant notre ère, puis dans le Corpus hippocratique aux Ve-IVe siècles avant notre ère. La souffrance des femmes était déjà observée, mais elle n’était pas identifiée comme une maladie spécifique.

Endométriose : une douleur ancienne longtemps enfermée dans les représentations du féminin © D.R.

Dans l’Antiquité grecque, ces douleurs étaient interprétées à travers la théorie de l’« utérus errant ». Selon cette conception, l’utérus d’une femme errait dans son corps jusqu’à ce que la grossesse le fixe à sa place. Cette mobilié dans le corps féminin pouvait provoquer des troubles très divers, physiques comme psychiques. Cette explication était erronée, mais elle montre une chose essentielle : les symptômes existaient, sans qu’ils soient reliés à une pathologie précise. Quand la douleur féminine devient un problème moral ou psychologique Au fil des siècles, cette lecture s’est prolongée sous d’autres formes. Les douleurs gynécologiques ont souvent été perçues comme une fatalité liée à la condition féminine, plutôt que comme un motif d’investigation médicale. C’est dans cette histoire que s’inscrit le terme d’« hystérie », dérivé du grec hystera, qui signifie « utérus ». Cette notion a durablement entretenu la confusion entre symptômes corporels et représentations sociales du féminin, nourrissant des interprétations psychologiques ou morales. Une reconnaissance médicale tardive Il faut attendre les années 1860 pour qu’un premier tournant s’opère grâce à Karl von Rokitansky.Ce pathologiste et philosophe autrichien est le premier à décrire des lésions contenant un tissu glandulaire ressemblant à la muqueuse utérine, localisé en dehors de l’utérus. Puis, entre 1921 et 1927, le gynécologue américain John A. Sampson introduit le terme d’« endométriose » et propose d’en faire une entité clinique distincte. Pourtant, cette avancée conceptuelle ne débouche pas immédiatement sur une meilleure prise en charge : durant une grande partie du XXe siècle, les douleurs menstruelles restent largement banalisées. Une histoire qui pèse encore  Si les connaissances ont progressé et si l’endométriose est aujourd’hui mieux reconnue, l’errance diagnostique encore fréquente, ne tient pas seulement à la complexité de cette maladie et à l’hétérogénéité de ses symptômes : elle s’inscrit aussi dans la persistance de représentations sociales et culturelles autour des règles et de la douleur…

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