« Wow, okay, vous avez beaucoup de lait ». Jamais je n’aurais pensé entendre cette phrase. Alors oui, j’avais envie d’allaiter, je m’y suis préparée aussi bien qu’une maman qui attend son premier bébé peut le faire. Mais je m’étais davantage préparée à ce que ça ne fonctionne pas plutôt qu’à ce que ça fonctionne trop. Et me voilà au milieu de la nuit, chambre 310 de la maternité de La Rochelle, mon petit bout d’un peu plus de trois kilos dans les bras, mon compagnon en train de caler le coussin d’allaitement d’un côté du lit, une puéricultrice de l’autre qui m’aide à positionner la bouche de ma fille sur mon sein trop tendu pour elle. Verdict : j’ai bien plus de lait qu’il n’en faut pour Zoé. « Vous êtes une super candidate pour le lactarium », me sourit la professionnelle. C’est la première fois que j’entends ce mot. « Si vous en avez envie, vous pourrez donner votre lait pour les bébés prématurés », me glisse-t-elle. C’est dit avec douceur, sans injonction. Elle me conseille d’attendre quelques semaines que ma lactation se mette bien en place et se stabilise. Je trouverai alors toutes les informations sur le site Internet de l’hôpital. Et là, ça me frappe. Pour la première fois depuis que je suis entrée dans cette chambre, je réalise qu’il y a un autre monde que ce cocon que j’ai créé avec ma nouvelle famille. Un monde où l’accouchement ne s’est pas déroulé comme prévu, où le bébé est né bien trop tôt, où on craint peut-être même pour sa survie. En France, 55 000 bébés viennent au monde prématurément chaque année. Cela représente 6,9 % des naissances. Ces bébés-là ne peuvent pas boire de lait en poudre, inadapté à leurs besoins. Le lait maternel est un médicament pour eux.Bien sûr, on encourage leurs mamans à…
